« Les funérailles de Luce »
Auteur/Dessinateur : Benoit Sringer
Genre : Fantastique
Année : Janvier 2008
Edition : Vents d’Ouest
Avis : ŸŸŸŸŸ
Une BD achetée par hasards sur une tête de gondole, alors que j’en ai une dizaine à lire au pied de mon lit, … mon coté acheteur
compulsif, mais bon.
Le graphisme original découvert en feuilletant l’ouvrage et le mot manuscrit du libraire ont balayés des remords à peine
formulés.
Après lecture, un vrai coup de cœur. Jetez vous sur cette BD, c’est tout simplement magnifique.
Luce, une petite fille passe des vacances chez son grand père, garagiste à la retraite. Luce est pleine de vie et curieuse de tout.
Elle est confrontée comme le reste du village, au suicide du voisin et ami de son grand père. Perturbée, cette mort suscite chez elle quelques angoisses et génère quelques interrogations,
d’autant qu’elle voit ce que personne d’autre ne voit, … la mort qui arrive.
Benoît Springer dissimule derrière cette petite fable fantastique, douce et tendre, un ensemble de réflexions plus profondes sur des
thèmes universels : La vie et la mort, la solitude, le manque de l’autre, et tous les sujets périphériques à celui de la fin de vie quand on est seul.
Il excelle
dans la description de la vie paisible d’un village en environnement rural. Une peinture du quotidien de gens simples et vrais, de gestes simples, les gestes du quotidien…
Les personnages sont plus vrais que nature sans être caricaturaux. Une très belle vieille dame, très digne, le grand père veuf
fédérateur de son groupe d’ami, soutien des uns et des autres, la petite fille, libre, insouciante et espiègle, qui au fil du récit gagne en gravité et se rebelle contre cette mort qu’elle voit
venir et qu’elle finit par interpeller.
L’auteur personnifie la mort de manière très originale autour d’un duo étonnant : Un grand homme noir entièrement nu qui tient
une petite fille voilée qui porte un coffre. Mourir c’est perdre ce qui fait que l’on est soi, c’est perdre son âme, nous dit l’auteur. Le grand homme noir prélève cette âme, que la petite fille
voilée range dans son coffre. Ultime pirouette de l’auteur sur ce thème, qui donne à l’âme la forme d’une cocotte en papier !!
Le dessin se suffit souvent à lui-même. Des pages entières sans une bulle et sans un mot, ne gène nullement le lecteur qui suit un
personnage dans un geste, dans une routine quotidienne, s’émerveillant du graphisme pur et sobre. Un noir et blanc très beau, contour feutre, remplissage et nuances au fusain noir.
Les mots ne sont pas en reste. Extraits (dialogue entre la vielle dame belle et digne et le grand père de Luce) :
«
La vieille dame : Vous ne semblez pas résigné
…
Le grand père : Vous
l’êtes ?
La vieille dame : Disons que depuis quelques temps, la vie
s’obstine à vouloir me remettre les pieds sur terre. Mais je résiste. Je veux garder la tête dans les nuages le plus longtemps possible. Il sera toujours temps de regarder les choses en
face.
Le grand père : Personne n’aime penser que ca va
s’arrêter.
La vieille dame : Comment pourrions nous vivre si nous y
pensions en permanence ?
Le grand père : Je crois que tout ce que nous faisons dans
notre vie, a pour seul but de rendre notre mort supportable. Et le seul moyen d’y arriver est d’oublier qu’on le fait pour ca.
La vieille dame : Quelle ironie n’est-ce
pas ?
Le grand père : Ironie ou chance, l’amnésie chronique est
le seul remède contre l’angoisse existentielle !
»
Avec une infinie sensibilité, l’auteur nous touche avec une histoire tendre, jamais triste malgré le sujet, en un mot comme en
cent : Magnifique !
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