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Mardi 24 février 2009 2 24 /02 /Fév /2009 21:50



« PARIS-BREST »
Tanguy Viel
France
Roman
Les Editions de Minuit
Janvier 2009

«««««









Le narrateur est brestois, il s'appelle Louis.

Il est parti pour Paris il y a 3 ans. Là, il revient, passer Noël, son roman sous le bras, son roman sur sa famille. C'est quelque chose sa famille. Quelques années avant qu'il parte, sa grand-mère a hérité, comme tombé du ciel, de 18 millions de francs, ses parents eux un passif de 14, de quoi les exiler à Palavas les Flots et calmer la honte.

Lui est resté à Brest, mandaté implicitement par sa mère pour surveiller sa grand-mère, son argent. L'argent ! Le nerf de la guerre, enfin celle de sa mère qui n'a aspiré jusqu'à son exil qu'à tenir un rang et tout sacrifier au paraître. Dans ces conditions, aucune chance que le fils Kermeur n'ait grâce à ses yeux. Celui-là s'est choisi Louis comme ami, lui ne résiste pas, il n'y tiens pas mais ne résiste pas, tout comme il se soumet aux manipulations de sa mère même s'il n'en a pas envi. Il est comme ça lui, il n'est pas d'accord mais se laisse faire comme s'il était sûr que quelque chose, bientôt, pourra le libérer, le faire fuir. Finalement, au bout d'un temps qui paraît long à lui et à nous, l'évènement se produit et il part. A Paris il écrit son roman familial même si « les histoires de famille, ça n'intéresse personne », 175 pages que maintenant il ramène avec lui à Brest, dans sa valise, dans sa famille, pour 10 jours.

 

Tanguy Viel fait ici une critique sociale de la bourgeoisie d'une ville de province au travers d'une famille de Brest, telle qu'aime à les filmer Claude Chabrol, joue aux poupées russes avec un roman familial dans son roman familial.

Son style répétitif et heurté, souligne la jeunesse du narrateur que l'on situe dans l'adolescence, son écriture sensible et juste, nous aide à prolonger la lecture quand la mise en situation semble s'éterniser. La deuxième partie du livre est remarquable.

 

« Il avait raison, le fils Kermeur, un vrai concierge, voilà ce que j'étais, dans un appartement sans lumière, qui entend la porte de l'immeuble s'ouvrir et se fermer, qui reçoit les colis du facteur, et qui balaye le hall d'entrée en saluant les voisins.

Et ma mère imaginait toujours qu'une dame seule et riche comme ma grand-mère, ça finirait mal, ça finirait par des faux peintres en bâtiment qui entreraient chez elle et la ligoteraient et videraient son appartement. Mais ce qu'elle pensait en réalité, c'était qu'un jour madame Kermeur et son fils entreraient là chez elle et qu'ils repartiraient avec l'héritage dans une valise.

Quand il arrivait que ma mère se représente la situation exactement en ces termes, elle était aussitôt prise d'une de ses crises, une crise de spasmophilie, disent les médecins, et qui l'obligent à se mettre un sac plastique sur la tête pour respirer dedans. Á chaque fois que j'ai vu ma mère avec un sac plastique sur la tête, c'était comme si j'avais lu dans ses pensées, je savais qu'elle voyait l'héritage s'envoler sous ses yeux. Même au téléphone j'entendais très bien quelquefois qu'elle posait un sac plastique à coté su téléphone, au cas où. »

 

« Tout le monde devrait faire le point sur son histoire familiale, ai-je pensé, particulièrement un 20 décembre, c'est-à-dire un jour où il est important d'être soutenu dans l'épreuve d'aller passer Noël en famille, y compris les gens qui se disent heureux d'y aller, tandis qu'au fond d'eux-mêmes, comme tout le monde ils rêvent d'écrire un roman sur leur propre famille, un roman qui en finit avec ça, les veilles de Noël et les parenthèses mal fermées. »



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