Les échelles du Levant.
« Les échelles du Levant »
Amin Maalouf
Liban
Roman
Grasset (1996), Livre de Poche (1998)
«««««
« Ma vie a commencé, dit-il, un demi-siècle avant ma naissance, dans une chambre que je n'ai jamais visitée, sur les rives du Bosphore. Un drame s'est produit, un cri a retenti, une onde de folie s'est propagée, qui ne devait plus s'interrompre. Si bien qu'à ma venue au monde, ma vie était déjà largement entamée. »
... et Ossyane de se raconter.
Pour échapper aux pressions étouffantes de son père qui le veut meneur charismatique et rebelle, Ossyane part en France peu avant la deuxième guerre mondiale suivre des études de médecine. Résistant, impulsif, il est accueilli tel un héros à son retour au pays. Il y retrouve une jeune fille, sœur d'arme et de clandestinité pendant la guerre en France, dont il tombe amoureux. Il l'épouse. Mais la guerre les sépare, chacun d'un côté d'une frontière trop périlleuse à franchir. Puis la folie fait le reste de l'histoire ...
Pour situer le roman, voire l'œuvre d'Amin Maalouf, un petit précis pour les curieux : les « Echelles » sont un ensemble de comptoirs commerciaux établis en terre d'islam du XVIème siècle au XXème siècle par différentes puissances européennes, dont en premier lieu la France, sous le régime des « Capitulations » (sont désignés sous ce nom divers actes, contrats, conventions, signés par le souverain de certains pays. Des capitulations qui réglaient le statut des étrangers dans l'Empire Ottoman furent établies vers 1535-1536 entre le sultan Soliman le Magnifique et le roi de France François Ier). Les Echelles du Levant désignent les ports marchands de la Méditerranée orientale (Constantinople, Smyrne, Alexandrie) ainsi que des villes situées à l'intérieur des terres (Le Caire, Alep, Damas.)
Né à Beyrouth en 1946, Amin Maalouf n'a de cesse de nous raconter cette région engluée dans les tourments guerriers, de nous conter ses légendes. Mais dans ce roman-ci, il s'agit plus de la folie des hommes dans les guerres, celle aussi de l'homme dans sa particularité à effectuer des actes héroïques, enfin de cette folie aliénante qui dérange et incite à engloutir un homme, lui voler sa vie.
Il demeure de cette lecture, après celle de « Léon l'africain », « Samarcande », « Le Rocher de Tanios » ou même « La passion Béatrice » une déception toute chagrine à ne pas retrouver l'enchantement. Peut-être est-ce dû à la période plus contemporaine du livre, au tragique de l'histoire ? L'introspection du personnage racontée est par moment ennuyeuse et longue, les questions en suspend trop nombreuses. Les délicatesses de l'écriture sont cependant toujours présentes et séduisantes, seules épices insuffisantes à sauver le livre de la marinade.