Le journal d’Hirondelle.

Publié le par Lectaritude et zôtres critures





« Le journal d'Hirondelle »
Amelie Nothomb
France
Roman

Août 2006
Albin Michel

«««««

 
 
 
 
 
 
 

Le dernier Nothomb en tête de gondole chez tous les libraires me rappelle soudain que le précédent croupit au pied de mon lit depuis près d'un an. Un peu d'archéologie au pied dudit lit, et pof, le bouquin refait surface.

 

Amélie qui à l'occasion de la sortie du « fait du prince » expliquait sur France Info qu'elle écrivait 3,7 livres par an (notez la précision), qu'elle publiait son 17ème livre mais qu'elle venait de boucler l'écriture de son 64ème. A la question du journaliste sur la « valeur commerciale » de ce patrimoine, Nothomb de répondre, qu'elle avait pris des dispositions testamentaires pour que les livres non édités de son vivant ne le soient pas après sa mort. Le journaliste, s'étonnant de sa réponse, elle se sentit obliger de préciser que les romans non parus étaient trop personnels. Un peu plus tard elle expliquait encore qu'elle décidait seule de celui qu'elle publiait après relecture de ce qu'elle avait écrit dans l'année. Hum ... j'y vois comme une contradiction.

 

Pour ce qui est de cette hirondelle là ... RAS.

C'est bien du Nothomb !

Pour ses détracteurs qui affirment qu'elle ne sait écrire qu'à la première personne, entendez qu'elle ne parle que d'elle, et que ses livres sont souvent autobiographiques (faux pour un grand nombre quand même), on tient là une vraie fiction. 

 

Un jeune livreur de Pizza a perdu ses sens à la suite d'un enchainement de mésaventures : Peine de cœur, viré de son boulot...

Amélie digresse sur les sens ...

 

« L'oreille est un point faible. Son absence de paupière se double d'une déficience : on entend toujours ca que l'on voudrait éviter d'entendre, mais on n'entend pas ce qu'on a besoin d'entendre. Tout le monde est dur d'oreille, même ceux qui l'ont absolue. La musique a aussi pour fonction de se donner l'illusion de maîtriser le plus mal fichu des sens. »

 

Il devient tueur à gage, assassinant à tour de bras avec une jouissance extatique, des victimes innocentes, en écoutant « Amnesiac » de Radiohead. Désaffectivé, déshumanisé, sans aucune inhibition, il retrouve la jouissance dans le meurtre et les chansons du groupe, deux nouveautés dans sa vie ! La jouissance se fait sexuelle, quand il se remémore les scènes de ses exécutions, jouissance que les pertes sensorielles et émotionnelle ne lui permettent plus d'approcher normalement.

 

Jusqu'au jour ou il dérobe le journal intime d'une de ses victimes, dont la beauté et la grâce le touche une fraction de secondes trop tard ... le coup était déjà parti. La lecture du journal le bouleverse. Il tombe rétrospectivement amoureux d'hirondelle, prénom dont il a affublé son auteur, en référence à un oiseau coincé dans son appartement qui est mort dans ses mains. Tornade émotionnelle. Ses sens perdus reviennent, exacerbés par cette lecture et par la mort de la jeune fille qu'il regrette. Le début de la fin pour lui ...

 

Voilà rapidement résumé.

 

Pas de doute on est dans un roman d'Amélie Nothomb : Un personnage à l'étrangeté exaltée, fixé dans une logique personnelle, déconnectée de la réalité ordinaire, de la perception normale du monde, qui redécouvre au travers d'un regard qu'il prolonge par une lecture, qu'il existe un exit à la spirale des non-ressentis et du déficit des sens : L'amour !

 

Je ne suis pas dans les rangs des détracteurs, on peut même dire que pour certains de ses romans, je suis un admirateur, mais voilà quoi, là, sur celui-ci, quoi qu'il m'en coute, je dois bien l'avouer ... je n'ai pas accroché.

 

Oh mais c'est bien écrit. C'est original. C'est Nothombien. C'est étrange. Mais voilà quoi, je n'ai pas mordu à son hameçon. Le livre m'a glissé dessus sans laisser de trace. Je le déplore d'ailleurs. Mais c'est comme ca !

 

Ah si quand même, j'adore ce passage dont la dernière phrase est reprise par l'éditeur en 4ème de couverture.

 

« Aimer une morte, c'est un peu facile, disent certains. Aimer celle que l'on a tuée, c'est pire : Le romantisme n'a pas produit d'idée plus tarte à la crème. Pourquoi ai-je alors l'impression de ne pas mériter ces calomnies ? J'ai bel et bien la certitude de vivre avec Hirondelle. Un bizarre concours de circonstances a voulu que je la rencontre après l'avoir assassinée. Normalement, les choses ne se déroulent pas dans cet ordre là.

 

C'est une histoire d'amour dont les épisodes ont été mélangés par un fou. »

 

Et puis aussi ces quelques passages :

 

« Un tueur est un individu qui s'investit davantage dans ses rencontres que le commun des mortels »

 

« Chacun assassine conformément à la musique qu'il écoute : dans « Orange mécanique », le meurtre rejoint l'extase de la neuvième, cette joie presque oppressante ; moi je tuais avec l'efficacité hypnotique de Radiohead »

 

« J'avais rencontré la musique de ma vie. Si sophistiqué soient ses albums, Radiohead m'abrutissait plus fort que les pathologies susnommées. J'ai horreur de la musique de fond, d'abord parce qu'il n'y a pas plus vulgaire, ensuite parce que les mélodies les plus belles peuvent parasiter la tête au point de devenir des scies. Il n'existe pas d'amour de fond, de littérature de fond, de pensée de fond : Il existe le fond sonore, cette nuisance, ce poison. Seul le bruit des coups de feu surnageaient de ma prison acoustique. »

 

« Quand on tue quelqu'un, on le connaît. C'est une forme de connaissance biblique : celui qui est assassiné se donne. On découvre de quelqu'un cette intimité absolue : la mort »   
     
             

Publicité

Publié dans Romans français

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
Ce titre a énormément été critiqué, pourtant c'est loin d'être le pire de Nothomb. Je l'aime bien: il se lit bien, on y trouve un peu de mystère, bref, j'ai bien embarqué dans cette histoire. Dommage seulement que le roman soit si court.
Répondre