Le Rouge du péché

« Le Rouge du péché »
Elizabeth George
Etats unis
Roman policier
Presse de la cité
Octobre 2008
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Anéanti par le décès de son épouse (ici), le commissaire Thomas Linley, qui ne veut plus entendre parler du Yard, parcourt les chemins côtiers qui se présentent à lui au sud-ouest de l'Angleterre en Cornouailles depuis plusieurs semaines.
Rien ne semblait pouvoir arrêter son périple jusqu'à la découverte du corps d'un jeune homme au pied d'une falaise. Témoin dans cette affaire de meurtre, il est contraint à faire escale à Casvelyne et à seconder Bea Hannaford inspectrice chargée de l'enquête, épaulé ensuite par Barbara Havers l'acolyte de toujours, pour qui suivent les aventures du duo.
Dans le village de Casvelyne, terre promise des aficionados anglais de surf, tout le monde connaissait Santo Kerne, la victime. Elizabeth George nous brosse avec talent le portrait de nombreux personnages concernés par le drame et l'enquête soulève un lièvre derrière chacun des protagonistes. Une enquête psychologique et intimiste digne des meilleurs romans d'Agatha Christie transposée au goût du jour, où chacun tarde à dévoiler son secret jusqu'à attendre presque 30 années.
Nous n'attendrons pas les 10 dernières pages pour échafauder un portrait pas si robot du coupable et je suis reconnaissante à l'auteur de ne pas nous sortir un lapin du chapeau pour boucler l'intrigue comme c'est le cas parfois dans les romans d'Agatha Christie.
Ça ne nous prive pas pour autant de surprises et de rebondissements.
Pas de violence sociale ici, contrairement au roman précédent, il transparait plutôt une difficulté à vivre un destin pas toujours choisi dans une Angleterre rurale où la modernité d'esprit d'aujourd'hui amène à regretter les choix d'hier.
L'écriture imagée et goguenarde de la reine Elizabeth ménage un ennui qui par moment pourrait poindre. Son style toujours efficace nous conduit au terme du livre sans heurt, l'histoire est riche en personnages qu'elle s'ingénue avec talent à nous rendre attachant (l'empathie pointe) et poursuit une description de l'Angleterre qui nous emmène cette fois-ci en Cornouailles.
Trait d'ironie, extrait :
« Elle déboucha le vin, remplit un mug à ras bord et s'assit face au calendrier. Cette vision la déprima autant que le souvenir des six jours qui venaient de s'écouler (les 6 jours d'enquête). Elle se remémora son dernier rancard, presque un mois plus tôt. Un architecte. Il lui paru pas mal sur l'écran, puis au téléphone. Des propos banals, des petits rires nerveux et des âneries de ce genre, mais il fallait s'y attendre non ?.../... Ils avaient décidé de prendre un café, ou un verre. Le type s'était pointé avec des photos de sa maison de vacances, d'autres de son bateau, encore d'autres de ses vacances au ski, de sa voiture, qui était, ou peut-être pas, une Mercedes, car le temps d'y arriver, Bea avait déjà décroché. Moi, moi, moi, proclamait la conversation du bonhomme. Elle avait failli pleurer ou s'endormir. .../... Avant qu'ils se séparent, le type lui avait lancé un sourire affable : « Merde, j'ai parlé que de moi, on dirait. Enfin bon, la prochaine fois ... » Y aura pas de prochaine fois, mon coco, avait-elle pensé, comme avec tous les autres.
Elle ne se rappelait pas le nom du type, juste le surnom qu'elle lui avait donné, Branleur à Bateau, ce qui le distinguait de tous les autres branleurs.
.../...
Bea siffla son vin. Elle songea tout à coup qu'elle ferait mieux de l'accompagner de quelque chose, au moins une soupe en boîte. Ou peut-être quelques bâtonnets de bœuf séché ? Une pomme ? Du beurre de cacahuète ? Elle devait bien avoir une cochonnerie quelconque à étaler sur du pain moisi. On était en Angleterre, après tout. »
Un roman sensible.