« La Science-fiction de jules Verne à nos jours » - 1er volet - Introduction

Publié le par Lectaritude et zôtres critures

Un grand coup de projecteur en plusieurs volets sur ce genre à part entière, qui compte autant d’amateurs que de détracteurs, souvent considéré comme une sous-production littéraire, parce que le style y est souvent moins travaillé qu’en littérature classique (encore que), parce que les histoires ont une connotation scientifique qui ne plaît pas à tout le monde, parce que les ouvrages sont parfois difficiles d’accès décrivant des mondes qui nous sont étrangers ou nos repères n’ont pas cours.
 
C’est pourtant un genre majeur. Le cinéma ne s’y trompe pas, qui puise sans relâche dans ce patrimoine littéraire constitué depuis plus d’un siècle et même sans doute au-delà. Ces dernières années : « Minority Report » est un roman de Philippe K. Dick avant d’être un bon film de Steven Spielberg ; Spielberg toujours qui met en scène « la guerre des mondes » de H.G. Wells, « 2001 L’odyssée de l’espace » du génial Stanley Kubrick dont le scénario est écrit par Arthur C. Clark et devient un roman paru simultanément avec la sortie du film, l’incontournable trilogie du « Seigneur des anneaux » œuvre incommensurable de JRR Tolkien écrites sur 14 ans, que connaissait une poignée d’initiés dans mon adolescence et que Samuel Jackson a « planétarisé » en signant le non moins remarquable film du même nom. La liste est longue …
 
Tous ces auteurs ont décrits des mondes, des univers, des inventions, des moyens… qui n’existent pas dans la réalité. Certains sont des visionnaires, évoquant des concepts inconnus à leurs époques, devançant de quelques années (ou dizaines d’années) des avancées réelles des sciences et techniques. (Arthur Clarke qui décrit les moyens de communications modernes 40 ans avant, le même dont la description des vaisseaux spatiaux préfigure ce que fera la Nasa sur les missions Apollo…)
 
La littérature de science fiction a ses fans, souvent des gens passionnés qui sont à l’affut des moindres publications de leurs auteurs favoris. Cet article ne leur est pas destiné. Il ne s’agit pas non plus d’être exhaustif (ce serait présomptueux), mais plutôt de guider le lecteur novice, dans le vaste choix des ouvrages du genre, ceux que j’ai aimé, tout simplement ceux que j’ai lu ! Ce sont majoritairement des classiques, ayant un peu perdu pied depuis quelques années et connaissant moins les auteurs contemporains.
 
Définition
 
La science fiction est vaste. La définition est controversée. Pour faire simple, on parlera de romans de science fiction lorsqu’ils relatent des faits impossibles en l’état actuel de la science. (Finalement tout est dans le nom). Il est d’ailleurs complètement erroné de parler d’un genre unique et indivisible. La science fiction se subdivise en plusieurs genres très différents :
 
-        L’heroïc fantasy ou la Fantasy en général : Description de monde souvent médiévaux, peuplés de créatures étranges et fantastiques (gnomes, lutins, fées, orques, gobelins, hobbits, dragons, etc…). Ce sont souvent des histoires manichéennes, prétextes à la description de sphères ténébreuses, mystérieuses et ésotériques. Les mondes décrits sont souvent obscurs et noirs. Le maître en la matière est J.R.R Tolkien avec l’ensemble de son œuvre et principalement le génial « Seigneur des anneaux ». De nos jours la Fantasy est d’ailleurs considérée comme un genre à part indépendant de la science fiction.
 
-        Le space opéra : dépeint les aventures de l’humain dans l’espace colonisé. La référence au cinéma est la série Star Wars.
 
 
-        Le cyber punk : dépeint l'humanité plongée dans le chaos à la suite d’un progrès technologique ou d’une évolution politique, sociale ou économique  nuisible. (Au cinéma : « Terminator », en littérature : « Blade Runner » de Dick porté lui aussi à l’écran)
 
-        Les Uchronies : l'Histoire revisitée en modifiant la réalité d’un événement historique (Au cinéma : « Retour vers le futur » en est la meilleure illustration).
 
… pour ne citer que les principaux.
 
Les origines, l’âge d’or
 
Les premiers romans de science fiction remontent sans doute à l’antiquité et je suis certain qu’avec un peu de culture générale on trouverait dans les auteurs antiques nombres de récits évoquant des histoires qui relèveraient de la S.F. « L’odyssée », attribuée à Homère (VIIIe siècle av. J.-C.) ne décrit-elle pas une épopée fort improbable à l’époque, avec la présence de créatures invraisemblables et fantastiques (les sirènes Charybde et Scylla, le cyclope Polyphème, …) ? Mais soyons sérieux, Homère n’est pas le fondateur de la Fantasy.
 
Plus près de nous on peut considérer que « Les voyages de Gulliver » (1726) de Jonathan Swift ou encore « Micromégas » (1752) de voltaire relatant l’arrivée de géants, préfigurent les ouvrages du genre.
De l’avis des spécialistes,  les fondateurs de la science-fiction sont Jules Vernes avec « De la Terre à la Lune »  (1865) et « 20 000 lieues sous les mers » (1870), et H.G. Wells avec « La Machine à explorer le temps » (1895), « L'Homme invisible » (1897) ou « La Guerre des mondes » (1898).
 
La science-fiction moderne est née aux Etats-Unis dans les années 20 et a vécu son âge d’or jusque dans les années 50. A l’époque, l’apparition de revues spécialisées, proposant au lecteur des parutions en épisode, a favorisé la naissance des auteurs devenus depuis « les classiques » de cette forme de littérature : Les Azimov, Clarke, Bradbury et autre Van Vogt.
 
Le mouvement fut relayé dans la même période par le cinéma qui s’empara de ces thèmes. Citons le « Metropolis » de Fritz Lang ou le premier « King Kong ».
 
Les différents vecteurs
 
La science fiction n’est pas qu’un genre littéraire (même si c’est l’origine de tout). On la trouve au cinéma depuis les années 30 mais aussi dans la bande dessinée : Les Comics américains et la Marvell qui popularise les super héros (Superman, Batman, Spiderman), mais aussi en Europe les Moebius (« L’Incal » entre autre), Bilal-Christin (« La foire aux immortels », …), Le Tendre-Loisel (« La quête de l’oiseau du temps ») et aussi Jodorowsky, Leo (Les cycles « Aldebarran », « Betelgeuse », « Kenya », « Antares »). Quelques auteurs de l’école Belge s’y risquent : Hergé dans les aventures de Tintin avec « On a marché sur la lune » ou Jacobs qui flirte plusieurs fois avec le sujet notamment dans « SOS météores »,  et « l’énigme de l’Atlantide ».
 
Le cinéma d’animation véritable trait d’union entre la BD et le septième art n’est pas en reste et exploite bien le filon. Tout a démarré timidement avec le génial « Métal Hurlant » au début des années 80 (une révolution pour l’époque, revu récemment, ça a assez mal vieilli) ou bien un peu plus tard le « Gandahar » du Français René Laloux.
 
La télévision avait elle aussi attrapé le train en marche en nous servant la sauce S.F. en dessins animés (les « Goldorak », « Capitaine Flam », « Ulysse 31 » …) comme en série avec les désormais mythiques « Star Treck », « La quatrième dimension » ou même « la planète des singes ».
 
Après cette longue introduction, revenons à nos moutons, et proposons pour clore ce premier volet la chronique d’un ouvrage marginal (dans le monde de la S.F.) mais oh combien intéressant !
 
 
Eugène Zamiatine (1884-1937) est un mathématicien, ingénieur et écrivain russe. Un temps bolchévique, il finit par devenir critique à l’égard du régime. Il s’exile à Paris en 1931 et y demeure jusqu’à sa mort à 53 ans en 1937.
 
« Nous autres », écrit en 1920, est un chef d’œuvre de la science fiction. Il y est question d’une société totalitaire dirigée par un guide, « le bienfaiteur », qui impose l’harmonie et le bonheur à ses concitoyens. Zamiatine décrit une société aseptisée ou le moindre comportement est régit par un code, la plus petite déviance corrigée par un rééquilibrage psychologique, les libertés individuelles inexistantes et la collectivité au centre de tout. La Table des Heures, réglemente toutes les activités humaines.
 
Le récit est porté par D-503, un homme dans cette société, qui un temps rouage exemplaire du système, finit par devenir critique et contestataire, jusqu'à tenter d’organiser la résistance.
 
Ouvrage de politique fiction, le thème de l’utopie y est abordé sous l’angle existentiel. Il est probable que Zamiatine extrapole et exagère le régime soviétique. Le roman fut censuré à l’époque de son écriture.
 
Publié plus tard, il influencera George Orwell pour l’écriture de « 1984» et Aldous Huxley pour « Le meilleur des mondes ».
 
Fin du premier volet.
Publicité

Publié dans Coups de projecteur

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
oui, remarquable premier volet , et, fectivly, on attends le second. Qu'en est il des romans d'anticipation?de Bernard Weber (les fourmis)?de Marc Levy (je pousse peut être un peu là) ?
Répondre
S
Belle entreprise que cette étude!! On attend la suite avec impatience!!
Répondre