Le rêve de Cassandre.

Publié le par Lectaritude et zôtres critures

 

 

 

    « Le Rêve de Cassandre »
     Réalisateur : Woody Allen
     Casting : Colin Farrell, Ewan McGregor, Tom Wilkinson, Hayley Atwell, Sally Hawkins
     Genre : Drame
     Année : 31 Octobre 2007  
     Durée : 1 h 48 min.
     Avis : ·····                          
 
 
 
 
 
A 72 ans Woody Allen nous étonne encore, nous étonne toujours. Sa créativité est intacte. Il achève avec « le rêve de Cassandre » sa trilogie Londonienne débutée avec le superbe « Match point » et poursuivie avec « Scoop »
 
Son œuvre tourne majoritairement autour de la comédie de mœurs sur fond de psychanalyse, mettant en scène un double de lui-même, un juif New-Yorkais, intellectuel et névrosé.
Ses thématiques récurrentes : Les femmes, le couple, la fidélité, les juifs, la religion, le sexe, les névroses…
Autres constantes : des histoires souvent rocambolesques, des situations tragi-comiques, des personnages hauts en couleur et un cadre général, véritable fil rouge de l’œuvre complète : New-York, dont les différentes facettes et époques ont été filmées sous toutes les coutures.
 
Dans cette trilogie, rien de tout cela. Il délaisse New-York pour Londres, abandonne la comédie pour des drames, sur fond d’histoire policière (Scoop est plus léger, toujours sur une trame policière), dont on ne peut pas dire que ce soit un genre qu’il ait beaucoup exploré.
 
Le cinéaste aux 39 films, hyperactif – on se souvient en effet, qu’il nous a offert un nouvel ouvrage littéraire en mai de cette année - se renouvelle donc encore !
 
Woody Allen nous avait déjà surpris avec des films « hors norme », loin de ses thématiques et de son empreinte habituelle, qui ne s’inscrivaient pas naturellement dans son œuvre cinématographique. On peut citer les plus remarquables comme « Zelig » ou « La rose pourpre du Caire » et quelques autres. Des « One shot » sans suite et sans continuité, ni dans les ambiances, ni dans les thèmes, ni dans les histoires.
 
A l’inverse, ces 3 derniers films, tous différents, constituent pourtant, un véritable cycle. Woody Allen utilise la ville de Londres comme toile de  fond, dépeins par petites touches la société anglaise, et dissèque à chaque fois les comportements de ses personnages. « Le rêve de Cassandre », est de ce point de vue, le plus aboutit, le plus beau aussi.
 
Le rêve de Cassandre donc, …
 
Ian et Terry, deux frères, Ont un coup de cœur pour le voilier de leurs rêves, et finissent par se l’offrir sur un coup de tête, bien qu’ils n’aient pas vraiment les moyens, d’assumer cette acquisition. Le voilier est baptisé « le rêve de Cassandre » qui donne son titre au film.
 
Terry, travaille dans un garage et rêve de s’installer plus confortablement dans la vie avec son amie. Dévoré par la passion du jeu, il espère par ce biais, pouvoir financer ses envies. Un gain aussi inattendu qu’inespéré, lui permet de fournir les fonds pour acquérir le bateau.
 
Ian, personnage plus complexe, rêve de s’extraire de son milieu – il aide son père dans la gestion du restaurant familial - pour réussir dans les affaires. Il rencontre et s’éprend d’Angela, une jeune actrice, qui représente l’image parfaite de la femme qu’il souhaite. Affabulateur, il se construit un personnage à mille lieues de sa réalité, pour la séduire et la garder, fondant de grand espoir sur son avenir.
 
Les deux frères admirent leur oncle Howard. Un quinquagénaire richissime, médecin à l’origine, qui a « réussi », à force de pugnacité dans les affaires de hauts vols. L’oncle Howard aide financièrement depuis toujours sa sœur, son mari et ses neveux, sa seule famille.
 
Pour des raisons différentes les deux frères espère beaucoup de la visite prochaine de leur oncle. Mais voilà, celui-ci, en compensation des services rendus, passés et à venir, au nom de la famille et de la nécessaire solidarité, leur demande de commettre un meurtre pour le tirer d’un mauvais pas.
 
Une fois l’histoire « posée », l’essentiel du film décortique le comportement, les ressentis, et l’évolution psychologique des deux frères, avant et après le meurtre.
 
D’abord la stupéfaction de la demande, la rébellion, le refus de l’odieux, puis vient l’acceptation de Ian et Terry, chacun pour des raisons différentes. Résignation pour Ian, perspective pour Terry qui n’y voit qu’un mauvais moment à passer puis à oublier. Ian sait bien que cela risque de tout changer, que cela risque d’hypothéquer sa vie, que le retour en arrière est impossible. L’influence de Terry et la résignation l’emporte.
 
Après le meurtre Ian sombre rapidement dans le regret, la culpabilité. Il devient nerveux, ne dors plus. Rongé par la culpabilité, il adopte un comportement psychotique. Terry, à l’inverse, tout à sa nouvelle vie enfin devenue réalité, oublie vite. L’état psychologique de son frère le ramène pourtant sans cesse à cette réalité. Il monte d’un cran dans le cynisme et la froideur, devenant bestialement calculateur, jusqu’à envisager le pire …
 
Le film tourne autour des deux acteurs principaux qui interprètent les deux frères. Ewan Mcgregor (loin de son rôle d’obi wan) assure sans problème et avec talent le personnage de Terry. Sans dévaloriser le travail et le jeu d’Ewan Mcgregor, la performance de Colin Farell est absolument prodigieuse. Son personnage est d’un réalisme inouï. Un très grand rôle pour un très grand acteur.
 
Coté réalisation, pas de grande innovation. Mais efficace et sans bavure. Beaucoup d’extérieur en décors naturels, quelques plans intéressants et inhabituels, comme cette arrivée sur le bateau des frangins filmés au travers du hublot.
 
En bref, du très très bon Woody Allen assurément.
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Publié dans Lecta ciné

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