Le journal de mon père.

« Le journal de mon père »
Auteur/Dessinateur : Jirô Taniguchi
Genre : Manga adulte
Année : Avril 2004
Edition : Casterman
Avis :
Bon ben ça c’est fait, j’ai lu mon premier manga ! S. 14 ans la chair de ma chair y travaille depuis un certain temps, me proposant séries sur séries. Je suis pour l’instant en grande difficulté pour lire un livre à l’envers. Et oui ! J’ai essayé, mais je ne m’y fais pas !
La lumière est donc venue d’ailleurs. Un premier Manga, mais pas n’importe lequel. Sur conseil d’une experte (merci Kat), un Manga pour adulte, que Casterman publie dans l’ordre de lecture conventionnel.
Amateur de BD, de longue date, je retrouve instantanément mes marques, dès les premières planches. Seule l’atmosphère japonisante et le format plus proche du roman grand format que de l’album, me rappelle que je lis un manga et non une BD classique. C’est bien une histoire qu’on nous raconte, il y a bien des bulles de textes et des cases qui séparent les images. Mais finalement est-ce si surprenant ! Si l’on se réfère aux surfaces commerciales croissantes dédiées aux mangas, j’imagine depuis longtemps que ces espaces fourmillent d’ouvrages de grande qualité.
Précisons que le choix de cette première œuvre n’a rien de hasardeux, et que « ma conseillère » a « tapé » tout de suite dans un must. Jirô Taniguchi est en effet un maitre du genre, reconnu et célébré dans son pays comme en Europe. D’innombrables récompenses jalonne son parcours au Japon mais aussi en France, avec notamment un Alph’Art à Angoulème, en 2003. C’est aussi le plus Européen des mangaka, influencé par quelques auteurs français, dont Bilal, Peeters, Moebius, avec qui il collaborera en 2001 sur « Icare ».
Le journal de mon père est une histoire douce-amère qui met en scène Yoichi, un homme encore jeune, qui travaille à Tokyo. A la mort de son père, il revient contraint par son épouse, après de nombreuses années d’absence, dans la ville qui l’a vu naître, pour assister à la veillée funéraire de son père, qu’il n’a jamais revu.
La soirée est l’occasion de se souvenir du défunt. L’auteur alterne, l’évocation des membres de sa famille qui résume à ce fils l’homme qu’il était, et des flash-back sur l’enfance de Yoichi raconté par lui-même. Au fil de la soirée, Yoichi découvre un père qu’il ne connaissait pas, qu’il avait mal jugé, tout en nous « décodant » par ses propres souvenirs son point de vue et la justification de son comportement. Le tenant pour responsable du désastre familial, Yoichi découvre la véritable personnalité de son père, comprend sa propre responsabilité des incompréhensions qui ont émaillés leur relation. Il finit par nourrir un ressentiment envers lui-même, grandissant au fil de la soirée.Une beau récit, un peu triste. L’émotion va grandissante au fil des pages. Jirô Taniguchi avec beaucoup de sensibilité brasse des thèmes classiques de ce genre d’histoire : le remord, la souffrance enfantine, le sentiment des instants non vécus, perdus à jamais, les regrets qui s’y rattachent, l’égoïsme du fils, l’abnégation de sa sœur. Des thèmes dans l’esprit japonais aussi : L’orgueil, la droiture, le sens de la dette qui prend le pas sur le reste et conduit au désastre.
Le récit est semble t-il autobiographique. Il est plein de poésie et de mélancolie. On imagine l’effort d’introspection pour exprimer ces sentiments qui sont dessinés et écrits. On est loin du manga d’action.
Le dessin est en noir et blanc, en noir et gris devrais-je dire. Très doux, très rond, sobre et rigoureux, et ce n’est pas contradictoire, fouillé et précis. Pas un trait ne dépasse, des cadres au cordeau. Souci du détail dans les décors et les paysages. Un dessin tramé pour les textures.
Le dessin soutient la poésie et la mélancolie de l’histoire.
Une bien belle BD, heu .. un bien beau manga. Mon premier, ça se fête !
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