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Publié le par Lectaritude et zôtres critures

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 Michel Houellebecq

 France

Roman

J’ai Lu

2001 (Ed. Orig.)

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A la mort de son père, Michel, un fonctionnaire célibataire et un peu mollasson, profite de son héritage nouvellement acquis pour s’offrir un séjour touristique en Thaïlande.

 

Au travers des observations de son personnage, il dépeint les interactions d’un petit groupe de français formé pour le circuit. On frise un peu la carricature. Il agrémente son récit de passages fort bien documentés, sur l’histoire, la géographie et l’économie des régions traversées. Il en profite au passage pour régler quelques comptes ; avec le guide du routard par exemple ; ça sent le vécu !

 

Comme dans les particules …, le sexe et la luxure sont au centre du propos. La Thaïlande est pour les occidentaux la destination par excellence du touriste sexuel. Houellebecq aborde le sujet sans le dénoncer. Nous y reviendrons.

 

Durant le séjour, Michel rencontre Valérie. Ils se revoient à Paris et finissent par tomber amoureux, puis à esquisser une vie maritale. Valérie travaille chez un « tour operator ». Elle y occupe des fonctions importantes.

 

Houellebecq se fend d’une description précise et assez savoureuse du milieu des cadres supérieurs, toujours très bien documentée. La photo est réaliste, pas même outrancière.

 

Au-delà du récit, MH nous ramène sur le thème central et nous invite  à réfléchir sur la sexualité, et sur la difficulté des occidentaux à atteindre l’épanouissement dans ce domaine. Il tourne le sujet dans tous les sens.

 

Dans l’extrait suivant, il compare la vie maritale et le célibat. Sur le sujet il référence Auguste Comte. Coincé entre « je n’aurais jamais pensé que je trouverais, un jour dans ma vie, du plaisir à faire la cuisine. L’amour sanctifie » et «  Au bureau je continuais à en faire le minimum », on trouve ce passage :

 

« Dans la cinquantième leçon de sociologie, Auguste comte combat cette ’’étrange aberration métaphysique’’ qui conçoit la famille sur le type de la société.  Fondée principalement sur l’attachement et la reconnaissance, écrit-il, l’union domestique est surtout destinée à satisfaire directement, par sa seule existence, l’ensemble de nos instincts sympathiques, indépendamment de toute pensée de coopération active et continue à un but quelconque, si ce n’est à celui de sa propre institution. Lorsque malheureusement la coordination des travaux demeure le seul principe de liaison, l’union domestique tend nécessairement à dégénérer en simple association, et même le plus souvent elle ne tarde point à se dissoudre essentiellement »

 

C’est pour ça que j’aime autant Houellebecq !

 

Valérie et son patron, chassés par la concurrence, entreprenne de redorer le blason de la chaine d’hôtel « Eldorador », filiale récemment rachetée du groupe « Nouvelle Frontière ». S’en suit une analyse méticuleuse de l’industrie du tourisme : Leviers, attentes consommateurs, marketing, positionnement, Houellebecq se fait pédagogue à destination de son lecteur.

 

Le sexe, la relation de couple et, plus largement, la sexualité,  restent en filigrane du récit, l’auteur opposant le couple de Jean-Yves (le patron) qui bat de l’aile, avec celui de Michel et Valérie qui s’éclatent.

 

Afin d’étudier le marché notre duo de cadres décident d’aller passer une semaine dans un club Eldorador à cuba. Michel fait partie des bagages. MH s’en donne à cœur joie dans la description du fonctionnement du village vacance façon « Club Med ». Il poursuit ses investigations sur le thème central :

 

« Tu veux vraiment trouver une formule nouvelle qui te permette de sauver tes hôtels-club ?

-      Evidement ; Je suis là pour ça.

-      Propose un club où les gens puissent baiser. C’est ça, avant tout, qui leur manque. S’ils n’ont pas eu leur petite aventure de vacance, ils repartent insatisfaits. Ils n’osent pas l’avouer, peut-être est-ce qu’ils ’en prennent pas conscience ; mais, la fois suivante, ils changent de prestataire.

-      Ils peuvent baiser, tout est même fait pour les y inciter, c’est le principe des clubs ; pourquoi est-ce qu’ils ne le font pas, je n’en sais rien.

Je balayai l’objection d’un geste de la main. Moi non plus, je n’en sais rien, mais ce n’est pas le problème ; ça ne sert à rien de chercher les causes du phénomène, à supposer même que l’expression ait un sens. Il doit certainement se passer quelque chose, pour que les Occidentaux n’arrivent plus à coucher ensemble. C’est peut-être lié au narcissisme, au sentiment d’individualité, au culte de la performance, peu importe. Toujours est-il qu’à partir de vingt cinq ou trente ans, les gens ont beaucoup de mal à faire des rencontres sexuelles nouvelles ; et pourtant ils en éprouvent toujours le besoin, c’est un besoin qui ne se dissipe que très lentement. Ils passent ainsi trente ans de leur vie, la quasi-totalité de leur âge adulte, dans un état de manque permanent. »

 

Le déclin de la sexualité Occidentale est l’idée directrice du propos ; Les observations et les réflexions de Houellebecq sont assez justes sur le sujet, comme dans le passage suivant. MH s’appuie sur cette constatation pour faire justifier le tourisme sexuel à son personnage.

 

« Offrir son corps comme un objet agréable, donner gratuitement du plaisir : voilà ce que les occidentaux ne savent plus faire. Ils ont complètement perdu le sens du don. Ils ont beau s’acharner, ils ne parviennent plus à ressentir le sexe comme naturel. Non seulement ils ont honte de leur propre corps, mais, pour les mêmes raisons, ils n’éprouvent plus aucune attirance pour le corps de l’autre. Il est impossible de faire l’amour sans un certain abandon, sans l’acceptation au moins temporaire d’un certain état de dépendance et de faiblesse. L’exaltation sentimentale et l’obsession sexuelle ont la même origine, toutes deux procèdent d’un oubli partiel de soi ; ce n’est pas un domaine dans lequel on puisse se réaliser sans se perdre. Nous sommes devenus froids, rationnels, extrêmement conscients de notre existence individuelle et de nos droits ; nous souhaitons avant tout éviter l’aliénation et la dépendance ; en outre, nous sommes obsédés par la santé et l’hygiène : ce ne sont pas vraiment des conditions idéales pour faire l’amour. Au point où nous en sommes, la professionnalisation de la sexualité en Occident est inéluctable »

 

Le tourisme sexuel est élevé au rang de nouveau concept touristique, dûment « marketé » et promu pour relancer la chaîne Eldorador. Et cela fonctionne, jusqu’à ce qu’un groupe d’Islamiste en décide autrement en organisant, un carnage curateur et salvateur de leur point de vue, dans le village. Houellebecq, très habile, utilise la réaction et sa diversité, journalistique, politique, … pour distiller les différents angles d’analyse de l’événement et couvrir tous les points de vue.

 

Valérie meurt dans l’attentat. Michel hagard et désemparé, part pour s’échouer en Thaïlande, et se suicider à petit feu à ne rien faire, à se couper de tous liens avec les autres.

 

MH choisit une fin mélancolique pour clore un nouveau chapitre de son œuvre, au final assez intéressant.

 

 

 

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Publié dans Romans français

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