L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau.

Publié le par Lectaritude et zôtres critures





« L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau »
Auteur : Oliver Sacks
Pays : Angleterre / Etats-unis
Genre : Essai
Editeur : Point
Date : Avril 1988
Avis : «««««

 
 
 
   
     
 
 
    
Que voilà un petit livre qui paraît austère par son sujet mais dont le titre nous laisse à penser qu'il n'en est rien.
Une toile de Magritte comme couverture, balaye nos derniers doutes quand à l'intérêt de sa lecture. Je m'attache parfois à certains détails ...
L'ouvrage était chaudement recommandé ... par une source digne de confiance.

Oliver Sacks est un neurologue qui s'est intéressé aux affections les plus curieuses du cerveau. Il nous livre cet ouvrage, fruit de ses observations sur tous les types de dérangement qu'il a personnellement observé et tenté de soigner, de notre organe cognitif. Résolument anecdotique, le livre traite chaque affection par un chapitre, comme un recueil de nouvelle.

 
Le médecin commence par nous relater le cas, puis nous en « démonte » les mécanismes neurologiques.

 

La comparaison avec un recueil de nouvelles est assez pertinente. On peut s'imaginer parfois être en train de lire des petites histoires fantastiques tant les troubles décrits sont surprenants, et irréels.

 

Le livre est organisé en quatre parties :

  • - Les pertes
  • - Les excès
    - Les transports
    - Le monde du simple d'esprit

La première partie sur les pertes est la plus effrayante. On y découvre avec effarement des cas incroyables dont on peine à penser qu'ils ont été réels, comme le cas de cet homme amnésique présenté en ouverture du livre, qui ne se souvient de sa vie que jusqu'à dix neuf ans, alors qu'il en a près de soixante, et qui ne parvient pas à mémoriser plus de quelques minutes de son présent. Chaque jour il se réveille en pensant qu'il est un jeune adulte et chaque jour il ne comprend le monde qui l'entoure.

La femme désincarnée est encore plus étrange. Elle ne perçoit plus son propre corps, et doit en permanence « se regarder » pour opérer les gestes les plus simples de la vie. Elle paraît être lourdement handicapée alors qu'elle est anatomiquement en pleine santé.


L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau, qui donne son titre à l'ouvrage, nous raconte le cas de cet homme qui ne distingue plus les visages sur les gens mais à l'inverse peut en voir là ou n'y en a pas, qui confond son pied et sa chaussure, qui commet tout types d'inversions.

 

 

Ce qui frappe dans tous ces cas, c'est la normalité bien réelle de chaque patient, qui en dehors de son affection est par ailleurs parfaitement normal. L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau est un éminent professeur de musique qui exerceras sa profession jusqu'à la fin de sa vie. Ne voyant plus les visages de ses étudiants, il finira par mettre au point un système pour les distinguer à la voix ou à leur façon d'évoluer.

 

La capacité d'adaptation des personnalités présentées est de manière générale tout à fait stupéfiante. Les pathologies ont souvent été contournées pour s'adapter et vivre quand même à peu près normalement.

 

Dans la partie qui traite des excès l'auteur nous décrits des maladies neurologiques dont certains sont assez connus aujourd'hui comme la maladie de Tourette.

Le syndrome de Tourette est une affection neurologique qui se traduit par des troubles obsessionnels compulsifs, tics qui peuvent être moteurs ou verbaux. Dans les cas les plus graves, les tics verbaux peuvent être, en cas de crise aigue, réellement orduriers, sans que le malade ne puisse contrôler ce qu'il dit.

 

Dans le même ordre d'idée, la maladie de cupidon qui permet à certaines personnes parfois très âgées  de retrouver une sorte d'appétit quasi sexuel, une euphorie permanente et une frénésie à plaire. Cette affection est liée à une maladie de jeunesse (la syphilis). La primo-infection de la jeunesse se transforme en affection neurologique au bout d'une période de latence qui peut être de plusieurs décennies. La neuro-syphilis est un puissant désinhibiteur qui pousse ces personnes parfois timides ou réservées à certaines « fantaisies ». C'est assez drôle.

 

La partie sur « Les transports » traite de troubles qui, paradoxalement, sont des sur-utilisation du cerveau, « des plus », qui toutefois peuvent s'avérer très gênants et handicapants, comme ces réminiscences chez une personne, qui entend en permanence dans sa tête comme une sorte de radio qui passe des chansons de son enfance complètement oubliées.

 

La dernière partie, le monde du simple d'esprit est la plus surprenante et celle qui est la plus en rupture avec les idées reçues. Oliver Sacks nous montre que le simple d'esprit dont ce qui le caractérise en général aux yeux des normaux-pensants est son inadaptation à notre monde, souvent assimilé à l'enfant, peut en réalité dans certains domaines, développer des capacités hors du commun. Le clou de cette partie est l'exposé du cas de deux jumeaux, autistes géniaux, qui communiquaient entre eux sur la base de nombres premiers. Ils s'échangeaient des nombres premiers de très grande taille (6 chiffres). Les moyens mathématiques et informatiques de l'époque ne permettaient pas de vérifier aussi rapidement qu'eux le caractère premier du nombre. Personne ne sut jamais expliquer comment ils faisaient pour déterminer cette caractéristique. Le thérapeute pour pénétrer dans leur monde et dialoguer avec eux, eu l'idée de se fournir en nombre premier comportant un chiffre de plus. Les deux jumeaux après un long temps de réflexion éclatèrent littéralement de joie et l'incorporèrent à leurs échanges si particuliers.

 

En conclusion, un livre très intéressant, souvent déroutant.

Bien que les cas exposés soient tous dramatiques au fond, l'auteur réussi ce prodige finalement d'arriver à exposer des faits qui sont souvent drôles.  

 

Un seul léger bémol à notre enthousiasme : On regrette les passages un peu techniques, où l'auteur se laisse emporter dans la terminologie neurologique.

Publicité

Publié dans Essais - recueils

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article