La vie en sourdine.

Publié le par Lectaritude et zôtres critures





« La vie en sourdine »
David Lodge
Angleterre
Roman
Rivage
Août 2008

«««««

                
 
 
 
 
 

« Desmond a des problèmes d'ouïe.

Et d'ennui. Professeur de linguistique fraîchement retraité, il consacre son ordinaire à la lecture du Guardian, aux activités culturo-mondaines de son épouse, dont la boutique de décoration est devenue la coqueluche de la ville, et à son père de plus en plus isolé là-bas dans son petit pavillon londonien. Lors d'un vernissage, alors que Desmond ne comprend pas un traître mot de ce qu'on lui dit et répond au petit bonheur la chance, une étudiante venue d'outre-Atlantique lance sur lui ce qui ressemble très vite à une OPA. »

 

La quatrième de couverture poursuit en qualifiant le nouveau roman de David Lodge de « merveilleusement » autobiographique, bizarrerie linguistique qui ne veut à mon sens rien dire. L'éditeur voulait sûrement signifier que l'on y retrouve cet esprit très anglais que nous, ses lecteurs, qui choyons son parlé sans détour et son humour corrosif serons servis, « merveilleusement » servis !

 

Desmond Bates vieilli, sa surdité handicapante parfois se prête aux rires mais aussi à l'isolement. Il s'ennuie depuis qu'il a pris sa retraite,  période qui coïncide avec l'épanouissement, quoique tardive, de son épouse. Son père s'étrique  dans les manies obsessionnelles de la vieillesse et l'irruption d'une étudiante peu farouche ne contribue pas vraiment à endiguer notre progressif déclin vers un certain ennui nous aussi qui pourrait frôler la déception. L'humour a des vertus qui ne suffisent pas à alimenter à elle seule plus de 400 pages.

Mais voilà, c'est douter un peu vite du talent de l'auteur !

Dans la deuxième partie du livre, l'émotion gagne, le récit sur le père, le voyage en Pologne, touchent au but, les yeux se mouillent.


Ce livre a aussi l'intérêt de lever un petit coin du voile sur une science peu connu, peu accessible du fait de sa discrétion, la linguistique. Science qui tend semble-t-il à souligner un lien universel entre les langues se rapportant à la façon dont nous nous exprimons plutôt qu'à la façon dont nous syntaxons. Quoique la syntaxe ne soit pas sans rapport avec notre expression (Tous ceux qui s'occupent de linguistique aujourd'hui, savent que les prétendues différences infranchissables qu'on avait voulu établir entre les langues qu'on appelle sémitiques et celles qu'on dérive du sanscrit n'existent pas à une certaine profondeur (P. LEROUX, Humanité, t. 2, 1840, p. 637)). Une science pas toute simple, je disais, pour des novices.

 

La surdité, elle, est abordée sous un angle ironique, celui, qui consiste à répéter plus fort, vraiment plus fort : « le mon-sieur te de-man-de ... » mais aussi sous celui de la souffrance à la subir,  subir son peu de considération, sa comparaison avec la cécité qui elle ne fait rire personne (quitte à choisir, il vaut mieux être sourd qu'aveugle ...), l'isolement au monde qu'elle engendre et à qui elle est souvent cachée du fait de sa fatidique raillerie et de  sa corrélation avec la vieillesse trahie, quoique l'auteur en ait été une jeune victime. Le cas de Beethoven, dont l'extinction des sons lui fit germer l'idée du suicide, est un paroxysme.

 

L'émotion, l'ironie, le talent sont une nouvelle fois au rendez-vous, David Lodge nous dépeint un quotidien sans complaisance dans lequel il essaye de nager tant bien que mal, comme nous tous, avec cette particularité d'appuyer là où ça fait rire pour ne pas se perdre là où l'on pourrait pleurer.

Le style fluide et rythmé nous enchante une fois encore et oui les lecteurs sont merveilleusement servis.
 

Publicité

Publié dans Romans étrangers

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article