Vu en décembre ...
« Vilaine »
De Jean-Patrick Benes, Allan Mauduit
Avec Marilou Berry, Frédérique Bel, Pierre-François Martin-Laval
Comédie
12 Novembre 2008
1 h 33 min.
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Une jeune fille pas bien dans sa peau, pas vraiment jolie, serviable et bien trop gentille pète un câble à la suite d'une ultime humiliation, et change radicalement son look, elle en devient presque mignonne, sa façon de faire et devient le persécuteur après avoir été la persécutée, pour tout ceux qui lui ont pourris la vie.
Une comédie légère, qui sans provoquer l'hilarité est plaisante. L'humour est féroce, le ton irrévérencieux.
Marilou Berry, qui doit en avoir marre qu'on lui le dise, rappelle furieusement une certaine Josiane Balasko, tant dans les traits que dans le jeu. C'est normal c'est maman ! Elle s'en tire à merveille dans le rôle de la cendrillon des temps modernes qui vire Cruella d'enfer ...
« Agathe Cléry »
D'Etienne Chatiliez
Avec Valérie Lemercier, Anthony Kavanagh, Dominique Lavanant, Jacques Boudet, Isabelle Nanty , Jean Rochefort
Comédie
3 Décembre 2008
1 h 53 min.
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Dans un tout autre genre ...
Un nouveau Chatiliez ... Voilà une signature qui place d'emblée le film sous de bons auspices. Un coup d'œil à la critique. Pouah, on referme vite, ils n'ont pas aimés ! Connaissant le reste de son œuvre, pour partie culte, j'ai du mal à imaginer que le nouvel opus soit aussi mauvais que ça !
Et comme j'ai bien fait !
Le pitch.
Agathe Cléry, brillante directrice du marketing d'une boite de cosmétiques, est une caricature « d'exécutive woman » : forcenée de travail, exigeante avec les autres comme avec elle-même. Elle est bien blanche et cultive un racisme de bon aloi qui convient à sa position et à sa condition.
Un déficit de la glande surrénale, maladie à priori aussi rarissime qu'incurable, dont l'effet corolaire consiste en une pigmentation de la peau, la fait devenir aussi noire qu'un black pur jus !
Théorie des dominos oblige, on la vire, elle se fait plaquer, et son propriétaire ordinairement facho, la menace de ne pas renouveler son bail de peur du méchoui qui nécessiterait d'égorger le mouton dans la baignoire, et de pratiques « excisionnaires » illicites entre minuit et une heure du mat'
Passé la phase dépressionnaire, notre Agathe presque inébranlable, opère un revirement « parcours du combatantesque » pour acquérir le « mind set » d'une femme de couleur. Elle finit par y parvenir et décroche le « ponpon » en trouvant un job équivalent dans une boite de service fondée par un black qui pratique un racisme actif envers les blancs en réaction à ses humiliations passées.
Et vla ti pas que notre Agathe tombe amoureuse ! On adore au passage le personnage d'Isabelle Nanty qui questionne sur la taille présumée de l'engin eu égard aux bruits qui courent dans l'inconscient collectif. Chatiliez ne se refuse aucun cliché !
On adore aussi la réponse brute de décoffrage d'Agathe qui disserte sur le « ca fait du bien par ou ca passe ma belle, et tu ferais mieux de t'en trouver une qui marche bien, plutôt que de te demander dans quelle couleur il faut la peindre ».
Le film enchaîne sur le dilemme ... diras - diras pas ? On pourrait sombrer dans l'idée que Chatiliez fait dans le convenu. Oui mais non. C'est plus fin que ça !
Tout se gâte lorsque contre toute attente, la maladie est en rémission, et notre black, plus black que black, est en passe de retrouver ses couleurs naturelles.
Ah ben oui quoi, Etienne a bien suivi ses cours de philo en terminale : Thèse - Antithèse ... Et paf on retourne à nouveau le point de vue. Suspense.
Craqueras - craqueras pas ? le beau black qui avait rayé le white de son spirit !
Chatillez fidèle à l'ensemble de son œuvre se saisit d'un sujet et le traite à sa manière, explorant le point de vue des deux parties, exacerbant l'absurde et la connerie du genre humain sous toutes ses formes.
Le sujet est inépuisable, Etienne t'as de beaux jours devant toi ...
« Tanguy » dissertait sur la génération des « ados cocooning » qui ont du mal à quitter le nit confortable et pratique du « home familial », « Tatie Danielle » étalait sa mauvaise humeur et ses acrimonies dans un portait au vitriol de la vieillesse grinçante et « La vie est un long fleuve tranquille » dépeignait somptueusement l'opposition caricaturée d'une famille de banlieue et de son homologue façon Marie-Chantale ou dit autrement façon « Neuilly - jupe écossaise - cerceau dans les cheveux et petites baskets blanches ».
Le spectateur normalement « cortiqué » résiste rarement aux démonstrations de Chatillez !
Le film est donc cohérent avec l'ensemble de son œuvre.
Son originalité réside dans les scènes chantées façon « parapluie de Cherbourg ». Remarquablement réussies, souvent référencées.
On notera la parodie absolument époustouflante de Mickael Jackson par Valérie Lemercier, remarquable de bout en bout mais qui touche au sublime dans cette séquence.
Chatillez en ancien publicitaire nous fait deux clins d'yeux. La première scène chantée peut passer pour une diatribe contre la publicité au service de la société de consommation. On se dit : « Tiens l'Chatiliez fait du mauvais Beigbeder. Il crache aussi dans la soupe en nous faisant son publicitaire repentit ... »
Que nenni. Chatiliez n'est pas aussi con que l'infect Beigbeder.
Une référence aux pubs Eram des années 80, dans une autre partie chantée, nous confirme l'erreur de lecture de la première scène. Mes neurones fatigués croient même se rappeler que cette série de pub avait d'ailleurs été réalisée par le grand Etienne himself !
Enfin voilà, contrairement à ce qu'en pense la critique bien pensante, un film tout à fait intéressant, même s'il n'est pas aussi inoubliable qu'un « le bonheur est dans le pré » qui nous enchante encore périodiquement en DVD.
Rien que pour Lemercier qui nous fait un sacré numéro, et pour le sourire permanent qui ne quitte pas les lèvres du spectateur, allez voir ce film !