Kendell Geers

Publié le par Lectaritude et zôtres critures

 

Le musée d'art contemporain de Lyon proposait en cette fin d'année une exposition des œuvres de Kendell Geers, un plasticien sud-africain, d'origine hollandaise, dont l'œuvre s'inscrit tout entière dans la révolte et la violence.

 

« Irrespektiv », le titre de l'exposition, donne le ton. L'œuvre est irrévérencieuse et provocatrice ! Le site du musée nous informe qu'il s'agit d'une rétrospective assez large des œuvres de l'artiste, organisée par un collectif de musée Européens :

 

« Il s'agit d'une co-production européenne qui associe des musées et centres d'art de Belgique, d'Angleterre, de France et d'Italie. L'exposition s'est ouverte en Belgique, avec simultanément deux projets complémentaires au SMAK de Gand et au BPS 22 de Charleroi. Elle s'est poursuivie en Angleterre, au BALTIC Centre for Contemporary Art de Newcastle. Après Lyon, la rétrospective s'achèvera au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Trente en Italie. »

 

Artiste engagé, Kendell Geers, par l'utilisation d'un symbolisme exacerbé, dénonce la dangerosité de notre monde. Toute l'œuvre est empreinte de violence. L'artiste agite les symboles sécuritaires et répressifs pour exprimer la violence qu'il dénonce et sa révolte face aux événements qu'il souligne. Finalement son art est comme un vaccin, lui-même violent pour dénoncer la violence, violence visuelle mais aussi physique. Certaines œuvres peuvent être pesantes, oppressantes. Les atmosphères qu'il créé ne sont jamais anodines.

 

Dans une première partie l'artiste dénonce le danger des religions. Le visiteur commence par entrer dans ce qui pourrait figurer un lieu religieux (église, temple, ...).


 

 

L'originalité réside dans le fait que les murs sont constitués d'un fil de fer barbelé en forme de lame. Le visiteur traverse l'œuvre en empruntant un petit labyrinthe, l'obligeant à une grande vigilance. L'attention est de mise pour se tenir aussi loin que possible des bords.

C'est naturellement hyper agressif, et cela symbolise bien le danger tel que l'artiste a souhaité le matérialiser.



 




A la sortie de cette cathédrale de barbelé le visiteur débouche sur des piliers constitués d'un enchevêtrement cylindrique de couronne du même fil, qui ne sont pas sans rappeler les piliers de pierre que l'on peut trouver dans nos cathédrales !

 

 

 

 

 

   

Toujours dans le symbolisme il utilise des matraques policières accolées deux-à-deux pour figurer la croix (Inri). Avec ces croix, il reproduit tout type de symboles religieux (croix de David, cœur, ...). L'opposition entre le matériau utilisé et l'objet figuré, est saisissante.

 

 











Une salle entière est consacrée au sept pêchés capitaux, stylistiquement représentés par des néons de lumière noire, dans une salle obscure. La lumière noire donne un aspect fantomatique au blanc (vêtement, fond de l'œil, émail des dents, ...). Le visiteur devient un spectre qui créé l'opposition avec ces écrits d'inspiration religieuse. Le spectateur devient l'acteur. C'est lui qui figure le danger ou plus exactement une forme de représentation fantomatique et « effrayante » de ce danger (pure interprétation du rédacteur - mais les œuvres de Kendell Geers laissent libre cours à l'imagination)

 

 

 

















Les mots ne sont pas absents. Toujours sur le thème de la religion, il recourt au langage pour une forme plus directe d'expression, où le message n'est plus symbolique par son aspect mais par son sens. L'artiste utilise des néons colorés pour interroger, pour suggérer une association d'idée.

 

« What do you beleave in ? » (En quoi crois-tu ?) Ou bien encore il joue sur l'inversion des lettres dans une suite de « sacred - scared » (Sacré - effrayé).

 

 

 













Dans ce premier ensemble cohérent, Kendell Geers attire notre attention sur la perversion des croyances et la violence sous jacente qu'elles engendrent.

 

 


 

 

Poursuivant, le visiteur découvre un mur complet d'œuvre graphique, dont la plupart sont réalisée à partir de photo pornographiques retraitées. Kendell Geers utilise le même procédé que Warhol mais en noir et blanc pour styliser à l'extrême ces images. Il les adoucit visuellement et les rends, paradoxalement, esthétiques, sans toutefois les vider de leur sens d'origine.   L'opposition avec ce qui précède est encore une fois saisissante. La pornographie, interdit de la religion, s'intercale entre les « piliers » et la salle des sept péchés capitaux !

 

 

 

 









Les mots sont aussi utilisés autrement. Tout en conservant leur sens, on est toujours dans le symbole, le mot « Fuck » est dupliqué symétriquement à l'infini. Il devient ainsi « motif » pour recouvrir des objets divers, dont le propre visage de l'artiste dans cette « Fuck face » qui sert d'affiche à l'exposition (photo qui précède l'introduction de cette chronique), mais aussi des cranes, la reproduction de la victoire de Samothrace, ou certains fonds sur les photos à caractères pornographiques. Provocation toujours, Le Christ en croix n'échappe pas au « fond-fuck », dans la partie de l'exposition sur les symboles religieux, concrétisant une ultime provocation de l'artiste.

Le mot ne perd jamais son sens même quand il devient camaïeu et exacerbe l'image, pour lui donner une puissance qu'elle n'aurait pas sans cela.

 

 

 

 


















L'artiste s'approprie aussi le ruban rouge et blanc, utilisé par les forces de police pour sécuriser un périmètre. Kendell Geers s'en sert aussi de matériel « couvrant », sur des objets de toute nature, qu'il dispose sur des étagères ou des cubes en métal, hérissés de tessons de bouteilles et de morceaux de verre. Là encore il signifie clairement la violence potentielle d'objets parfois usuels ou anodins, qui mit ainsi en situation, dénoncent, alertent, préviennent ...

 

Evidement le Christ n'y échappe pas non plus !

 

 

 

 

 

De nombreuses autres pièces jalonnent l'exposition. Sans être exhaustif citons, la voiture retournée, en feu, qui évoque la violence urbaine, intitulée « monument à l'anarchiste inconnu », en pied de nez au « soldat inconnu », cet ensemble de coursives qui se croisent en forme de croix (toujours !) et qui exposent des sacs mortuaires de couleur orange. L'œuvre rappelle un alignement de carcasses dans une boucherie et s'intitule d'ailleurs « Song of the pig ». Ou bien encore cette pierre tombale ou sont gravés les noms des membres de la Fraction Armée Rouge, que l'on connaît aussi sous le nom de la « bande à Baader », qui sema la terreur en Allemagne vers la fin des années 70. Renseignements pris, l'artiste dénonce à la fois la violence terroriste et la violence policière, puisque le commando a été assassiné en prison, très probablement par la police.

 

 

 

En conclusion, ...

... une impression de force et de puissance se dégage de ces œuvres. Une violence affichée comme étendard des révoltes de l'artiste. A la lecture de sa biographie on découvre qu'il réécrit sa vie à l'aulne des événements historiques qu'il dénonce : Apartheid, Afrique du sud oblige, assassinat de Luther King, Mais 68, ...

 

Kendell Geers est un terroriste de l'art, un artiste engagé conne nul autre.

 

Une œuvre puissante, non convenue, courageuse et fascinante.

 

On n'aime ou pas. Moi j'ai beaucoup aimé !

 

 

 

 Kendell Geers.

 

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Publié dans Expositions

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