De Ribera à Guernica … Illuminations Madrilènes
En murissant - oserais-je en vieillissant ? - Non décidément ca ne me sied guère ! En murissant donc ... on dit souvent qu'on perd son âme d'enfant, qu'on occulte sa capacité à s'émerveiller de la beauté qui nous entoure souvent, et qu'on ne voit plus, qu'on n'a que le souvenir de sa naïveté d'antan, du temps ou l'on ne se laissait pas assommer par les contingences quotidiennes et la connerie sous toute ses formes, en extension perpétuelle depuis le big bang. On dit souvent ça !
En ce qui me concerne, sans y être pour grand-chose, c'est un peu ma nature, j'ai conservé intacte cette capacité d'émerveillement, la naïveté des enfants que je restitue paraît-il, parfois, dans mon écriture. Je sais m'abandonner à la contemplation de quelque chose qui me touche, d'un éblouissement, d'un étonnement.
Une semaine riche de ces émerveillements...
Le Reina Sofia est au contemporain ce que le Prado est au classique. Une petite semaine Madrilène y suffit juste pour flâner dans ces deux temples de la peinture. Il manque quelques jours pour y ajouter le Thuyssen, et visiter ainsi « la totale » de ce condensé de peinture en quelques centaines de mètres au cœur de l'étonnante Madrid.
Le Prado est l'une des collections les plus prestigieuses du monde. On y trouve les hollandais et les flamands, mais surtout toute la peinture Espagnole du XVIIème siècle, le siècle d'or : Les Goya, Velasquez, El Greco, Zurbaran qui confirme tout le bien qu'on pensait de lui (découvert à l'expo « Picasso et les maitres » à Paris, au Grand Palais en Décembre 2008) ... et bien d'autres...
A chaque musée, un peintre ou une toile ancre le lieu inexorablement dans votre mémoire. Ce n'est aucun de ceux déjà cités qui m'a frappé ici, mais un autre peintre espagnol, du XVIIème aussi, José de Ribera, qui peint comme nul autre la vieillesse des corps, des personnages pleins d'une humanité désarmante. Des toiles d'une grande force. On peut rester des heures devant ces vieillards décharnés. On est happé et coi devant cette peinture qui pourrait vous tirer une larme si les convenances ne se rappelait pas à temps, d'une intrusion salvatrice, à votre conscience compatissante.
Florilège d'une illumination.
Toutes ses toiles sont empreintes de religion. Les vieillards sont souvent des apôtres ou des martyrs. Ribera interpelle aussi par sa liberté de ton, comme ici ou il représente la sainte trinité et figure dieu sous les traits d'un patriarche, ou encore cette représentation peu académique de joseph et l'enfant jésus qui porte les outils du charpentier ... et encore avec cette femme à barbe ... du barnum avant l'heure ...

Deux toiles de grandes tailles, Ticio et Ixion qui semblent se répondre ...
Archimède hilare ...
Une vieille femme ...
Pour en voir plus
Sur le site du Prado (puis taper Ribera)
Painting Db
On traverse la rue, on descend vers la gare centrale de la ville et on découvre sur la droite Le Reina Sofia, l'ancien hôpital transformé en musée par Sabatini, avec son extension moderne qui se fond merveilleusement à l'ancien bâtiment et dont on se dit qu'elle n'est pas sans rappeler ... du Nouvel !
Cet homme là est décidément inépuisable.
Le Reina-Sofia abrite Guernica, l'objet de la visite.
T'as voulu voir Guernica et on a vu Guernica ...
Une rencontre avec Guernica donc.
Le voir c'est ...
Un choc devrais-je dire.
Tout le monde connait ... l'histoire, le tableau, sa charge symbolique ...
Le voir c'est ...
D'abord les proportions de la salle : Gigantesque. Le tableau y est accroché seul sur un mur blanc. La salle est entièrement blanche.
Celle du tableau : Près de 8 mètre de largeur par quatre de hauteur.
La salle est blanche.
Le tableau quasi noir et blanc ...
... une émotion indescriptible.
Pour ceux qui ne connaissent pas ...
Le lundi 26 avril 1937, jour de marché, l'aviation allemande procède à un bombardement expérimental (avec la bénédiction de franco). Mitrailleuses, bombes explosives, 50 tonnes de bombes incendiaires. Un massacre gratuit, un holocauste ... sur des civils, des femmes, des enfants ...
L'Europe entière s'émeut.
Picasso s'émeut.
En janvier 1937, le gouvernement de la République Espagnole charge Picasso de peindre une grande fresque pour le pavillon espagnol de l'Exposition Internationale de Paris qui doit avoir lieu au printemps. Picasso se cherche pendant plusieurs mois, souhaitant réaliser une caricature du régime de Franco. Touché par le drame de Guernica il débute en mai le tableau sur ce thème.
Picasso joue de symboles pour figurer la destruction, la mort, la rage, le désespoir.
Un petit « décryptage » de cette symbolique, tel qu'il est expliqué dans le commentaire audio du musée :
Sept personnages, cinq humains deux animaux, composent la fresque.
Sur la gauche la femme à l'enfant mort, sur la droite la femme qui meurt dans les flammes, figurent l'horreur du bombardement, les bombes incendiaires, la mort de nombreux enfants.
Toujours sur la droite deux femmes qui fuient. L'une sort par la fenêtre une bougie à la main.
Au centre un corps « explosé » : un soldat qui symbolise la guerre et la lutte.
Le taureau et le cheval transpercé d'une lance représente l'Espagne. Ce sont les deux animaux de la corrida.
Picasso dissémine quelques symboles d'espérance : La bougie que tient la femme de la fenêtre, la fleur qui semble renaitre dans la main du soldat, la colombe qui est peinte entre le taureau et le cheval.
(Interprétation détaillée)
Je suis allé au Reina-Sofia pour le voir, je n'ai pas été déçu.
Le reste du musée est intéressant. Quelques Dali dont « la femme à la fenêtre » ...
Mais aussi des découvertes ...
José de Togores ...
Roberto Fernadez Balbuena …
Francisco Bores, Horacio ferrer, Antonio Rodriguez Luna et enfin Angeles Santos qui nous propose une toile « le monde » tout à fait fascinante, mais dont je n'ai pas trouvé de reproduction satisfaisante.
Pour en savoir plus
Le site du Reina-Sofia
Le site du Prado