Amin Malouf fait partie de ces auteurs qu’il FAUT avoir lu, pour ne pas passer pour un crétin des Alpes lors des discussions littéraires du samedi soir au bar lounge du coin. Ah ! Amin Malouf (soupir d’aise) … Sarmacande, Léon, … Mais voilà le hic : Je n’avais jamais lu le sieur Maalouf ! Bien résolu à rentrer dans le rang, je m’attaque à Samarcande. Le roman ne m’accrocha pas, je le remisais rapidement, j’y reviendrais, promis, pour me rabattre sur « Béatrice » plus en accord avec mon état d’esprit du moment.
L’histoire débute par la rencontre d’un universitaire, spécialiste des coléoptères, qui confond les gens mais est capable de distinguer à l’œil nu deux espèces de scarabées très proches, et de Clarence une jeune journaliste venu l’interviewer. Ils tombent amoureux et Clarence décide de venir poser sa brosse à dents dans sa salle de bain, avant … de donner naissance à … Béatrice, d’où le titre. Le rôle de Béatrice dans l’histoire se borne d’ailleurs à justifier le titre !
Lors d’un voyage d’étude en Egypte, notre scientifique avait découvert des fèves qui, aux dires des autochtones, favorisaient la naissance des garçons. Ces fèves, sorte de remède de bonne femme ancestral, étaient connues dans tout le moyen orient depuis toujours. Intrigué, il en avait ramené quelques unes. Elles sont le point de départ de l’intrigue principale. Clarence s’y intéresse, et lors d’un voyage en Inde tente de relier les fèves aux observations qu’elle fait sur la baisse des naissances féminines dans certaines régions du pays. Mettant sur pied une véritable enquête, nos deux tourtereaux découvrent que le phénomène de la dénatalité des filles est de grande ampleur dans certaines régions du monde.
Le récit est construit comme un film catastrophe, ou notre couple joue le rôle du pompier de service, qui l’avait bien vu, lui, au début du film, que la terre avait tremblée et que le volcan allait se réveiller.
Conscient du danger potentiel que représente cette découverte le scientifique active son réseau de collègues et rencontre finalement un spécialiste de la génétique qui révèle l’existence de travaux sur des substances garantissant à coup sur, la naissance de garçons. Clarence poursuit l’enquête sur cette base et prouve contre vents et marées que la molécule existe et que les fèves, si populaires dans les pays du sud, ont été utilisées pour favoriser sa diffusion.
Bien sur, comme dans le film catastrophe ou le pompier n’est pas pris au sérieux quand il montre la fumée qui se dégage du sommet de la colline, Clarence lutte contre ses employeurs et les journaux, qui ne croient pas à son histoire.
Au doute du début, succède bientôt quelques certitudes : le monde entier prend conscience de l’existence de la substance. Les pays du nord, favorise même sa diffusion, y voyant une chance de réguler ainsi la natalité des pays du sud. Le livre prend alors un tour plus sociologique. Le débat est posé en ces termes « substance providentielle ou peste qui détruira l’humanité ».
Quelques responsables politiques s’en servent pour détruire sur le long terme telle ethnie, tel tribu, tel clan, tel village. Premières émeutes, puis révoltes de grande ampleur, puis massacre, renversement de gouvernement, anarchie … On est au paroxysme de la crise. On est au cœur de la catastrophe dans le film, le volcan est en train d’exploser.
Dès les premières certitudes cependant, Clarence et notre scientifique avait pris le soin de mettre en place un réseau de sages, « des hommes de bonne volonté », tous de grande notoriété, pour surveiller le phénomène et alerter les dirigeants de la planète. Le réseau finit par avoir une résonnance médiatique mondiale, avec comme point d’orgue, un discours aux nations unis du généticien à l’origine des révélations, devenu le leader du réseau, qui se livre à un exercice de prospective sociologique avec la présentation des effets à long terme du phénomène.
D’un point de vue stylistique, c’est un long monologue, écrit à la première personne. Le narrateur (le scientifique) relate les faits chronologiquement, comme dans un journal. On note une absence quasi totale de dialogue. L’auteur livre au passage quelques pensées limites philo, comme par exemple :
« J’ai toujours pensé que le ciel avait inventé les problèmes et l’enfer les solutions …/… C’est par les problèmes que toutes les espèces évoluent, c’est par les solutions qu’elles se figent et s’éteignent ».
Ou encore
« Si la science fait disparaitre le dieu du comment, c’est pour mieux faire apparaitre le dieu du pourquoi »
Et enfin
« Les drames sont à l’histoire ce que les mots sont à la pensée, on ne sait jamais s’ils la façonnent ou s’ils se bornent à la refléter »
Pour conclure, Amin Maalouf flirte avec un sujet de science-fiction à la manière d’un Barjavel dans « ravage » ou dans « la nuit des temps ». L’ouvrage est bien construit, agréable à lire, le style est parfait. Et pourtant un rien de déception m’habite en tournant la dernière page. Est-ce par ce qu’on m’avait tellement parlé d’Amin Maalouf comme étant L’Auteur, que je m’attendais à … je ne sais quoi d’ailleurs ? Est-ce par ce que ce roman n’est pas représentatif de ses autres ouvrages (des contes arabes m’a-t-on dit) et que finalement un roman de « pseudo science-fiction » c’est vraiment la dernière chose que je m’attendais à y trouver ?
D’autant que ce thème avait été magistralement traité par un maître de la SF, Franck Herbert (L’auteur de « Dune »), dans « La mort blanche » ou un terroriste fabrique une arme bactériologique terrifiante « la peste blanche » qui tue toutes les femmes, sans aucun remède.
Ne pas avoir adoooooré un bouquin de Maalouf, voilà une position qui détonne. « Le premier siècle après Béatrice » est néanmoins un bon bouquin, mais ce n’est pas génial, et je n’ai pas adoré. Je vais me jeter sur les autres, histoire de pouvoir remettre les pieds dans le bar lounge du coin de ma rue ! Et puis … ca fait de la peine à une de mes amies qui me parle de cet auteur depuis des années, et ça, ce n’est pas supportable !