Le ciel t'aidera.
« Le ciel t’aidera »
Auteur : Sylvie Testud
Pays : France
Genre : Roman
Editeur : Livre de poche (2005)
Date : 2005
Avis : «««««
Après « Il n’y a pas beaucoup d’étoiles ce soir » son premier roman (ici), Sylvie Testud reste dans la veine autobiographie dans « le ciel t’aidera ». Pour le suivant, « Gamines » (ici et là), elle puisera toujours dans son existence, mais pour alimenter une trame romanesque qui se dégage de la stricte réalité de sa vie.
Dans celui-ci, C’est moins l’actrice qui est racontée que la femme dans son quotidien, avec ses angoisses, ses frayeurs, sa peur de tout. Parce que disons le, Sylvie est flippée ! Une peur viscérale quasi permanente qui engendre des comportements inappropriés, étonnants, quand ils ne sont pas grotesques. Sylvie a vraiment peur de tout : Des gens qui marchent sur les toits et peuvent rentrer chez elle par le velux de la cuisine, du brouillard sur une piste de ski, de marcher seule la nuit dans les rues, de garer sa voiture au parking, de dormir seule, d’élever un enfant … Peurs d’une femme qui a trop d’imagination, qui se protège par des moyens abracadabrants et qui gâte sa vie dans ces craintes qui l’empêchent de vivre.
Son copain craque. On le comprend. Sylvie est infernale, invivable tellement ses peurs la rongent et lui dictent des actes insensés jusqu’à se mettre parfois dans des situations impossibles…
« Ça fait trois heures que je suis sur le toit. Mon copain est allé chercher une scie à métaux. Il a presque fini de scier le premier barreau. Il transpire sous l’effort. Il a répété plusieurs fois :
- Là, ça atteint des niveaux qui me dépassent.
Il y a quatre barreaux au velux de la cuisine. Avec un de moins il pense que je peux me glisser. Le soleil est de plomb. Mon copain m’a passé le tube d’écran total par la fenêtre. Il m’a passé un magasine qui traînait dans les toilettes. »
Le livre est construit comme une suite d’épisodes. Chaque épisode sa frayeur. On rit souvent c’est toujours drôle de voir cette femme se débattre dans des situations qui frise l’absurde. Le ton est léger, plaisant à lire, beaucoup d’humour et d’autodérision le plus souvent le sourire aux lèvres.
« La seule chose dont je n’ai pas peur et dont j’ai tort de ne pas avoir peur, c’est moi »
L’écriture est limpide, acérée, simplifiée, sans fioritures. Quelques passages touchants. Moins d’émotion que dans « Gamines », mais plus drôle, plus excessif.
L’auteur-personnage montre aussi que son statut, sa célébrité, ne sont d’aucune utilité dans son quotidien, ou, la femme derrière l’actrice est on ne peut plus « normale », avec ses fêlures et ses frayeurs, les mêmes que les nôtres finalement.
« Nous nous retrouvons dans sa loge. Josi est très souriante ce matin. Je porte un bébé. Josi porte on secret. C’est une bonne nouvelle. Je ne vais pas crever. Ce qui m’arrive est exceptionnel, me dit Josi. Ce qui m’arrive n’est pas exceptionnel en général. La moitié de la population vit un jour se genre d’événement. La moitié de la population héberge un jour un bébé dans son ventre. En est-elle sûre Josi ? Oui elle à l’air d’en être certaine. Ça lui est arrivé il y a vingt ans. Elle a l’air d’en être ravie aujourd’hui encore.
- Mais moi, je ne vais pas y arriver !
Josi sourit. J’ai déjà du mal à m’occuper de moi ! Comment ferai-je pour m’occuper de quelqu’un d’autre ? Comment ferai-je pour le rassurer ? Je suis une terrorisée chronique. Il n’y a que lorsque je connais le début, le milieu, et la fin de l’histoire que je me sens bien. Je ne prends le risque que lorsque je connais l’issue de l’aventure. Je ne prends de risque que lorsque je connais la situation à l’avance. La vie ne m’effraie pas que lorsque j’en connais le cheminement. Je ne trouve de liberté que lorsque mes sentiments me sont imposés. Je n’arrive à gérer mon temps que lorsque qu’une feuille de convocation m’est donnée le soir après le tournage. Il n’y a que lorsque je tourne que je n’ai, pas peur. Le reste du temps je ne suis qu’une pelote embrouillée. Une pelote de nerfs. Une pelote de trouille. Si personne n’imagine ma vie à ma place, c’est moi qui le fais. Si c’est moi qui imagine, le pire s’annonce. »
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