No et moi.

Publié le par Lectaritude et zôtres critures

 

 

« No et moi »
Auteur : Delphine de Vigan
Pays : France
Genre : Roman
Editeur : JC Lattès
Date : Août 2007
Avis : «««««
 
 
 
 
 
Lou Bertignac, jeune adolescente intellectuellement précoce, tente d’échapper à un drame familial, le décès de son petit frère à peine né, qui a conduit sa mère à mettre sa vie et celle de sa famille entres parenthèses, en se murant dans un silence terrible. Sous couvert d’un exposé en classe sur le thème de l’exclusion, elle rencontre et interviewe « No », une jeune SDF de quelques années son ainée…
 
La lecture du résumé au dos du livre, rappelle le roman de Muriel Barbery (L’élégance du Hérisson).  Je me suis dit alors que l’auteur « surfait » sur le même thème, celui de l’adolescente surdouée qui pose un regard décalé sur le monde.
 
Il n’en est rien !
 
C’est l’histoire d’une improbable rencontre, de deux mondes à priori sans intersection.
 
Et pourtant …
 
Le portrait de Lou est conforme aux caractéristiques et aux comportements habituels du surdoué : Enfermée, mal à l’aise, cérébrale, développant des pensées subtiles, hyper sensible, analytique, … et altruiste comme souvent le sont ces enfants. L’auteur connait visiblement bien le sujet, tout y est :
 
« Sur ma fiche, je suis arrivée à la case ’’frères et sœurs’’, j’ai écrit zéro en toutes lettres.
Le fait d’exprimer l’absence de quantité par un nombre n’est pas une évidence en soi. Je l’ai lu dans mon encyclopédie des Sciences. L’absence d’un sujet ou d’un objet s’exprime mieux par la phrase ’’ Il n’y en à pas (ou plus)’’. Les nombres demeurent une abstraction et le zéro ne dit ni l’absence, ni le chagrin. »
 
« Je voudrais seulement être comme les autres, j’envie leur aisance, leurs rires, leurs histoires, je suis sure qu’ils possèdent quelque chose que je n’ai pas, j’ai longtemps cherché dans le dictionnaire un mot qui dirait la facilité, l’insouciance, la confiance et tout. »
 
« Dans la vie il y a un truc qui est gênant, un truc contre lequel on ne peut rien : Il est impossible d’arrêter de penser »
 
Lou est aussi une adolescente, un rien idéaliste, un rien tourmentée, balbutiant ses premières émotions amoureuses. Lou veut sauver No, Lou veut que les choses soient autrement, Lou ne comprend pas l’immobilisme des gens face à la misère du monde, Lou veut changer le monde.
 
Elle prend « en pleine gueule » et à retardement, le drame de No, et nourrit une culpabilité qui grandit d’autant plus, qu’elle n’a pas été spontané. La précocité intellectuelle agit comme une caisse de résonnance, exacerbe les ressentis, amplifie les interrogations. C’est un levier et nullement le thème du roman.
 
A l’identique, l’exclusion, les « laissés pour compte », les SDF, dont l’auteur nous offre une peinture réaliste et sans complaisance, n’est pas plus le sujet.
 
L’idée du livre, c’est d’avoir fait naître cette rencontre, d’avoir noué cette relation qui devient interdépendante et dont on se demande au final qui en a le plus besoin. Le roman devient époustouflant et bouleversant.
 
L’écriture est plaisante et juste. L’auteur tourne autour des mots, en parle souvent au travers des pensées de Lou, comme ici :
 
« Parler je n’aime pas trop ça, j’ai toujours l’impression que les mots m’échappent, qu’il se dérobent, qu’ils s’éparpillent, ce n’est pas une question de vocabulaire ni de définition, parce que les mots j’en connais pas mal, mais au moment de les dire ils se troublent, se dispersent, c’est pourquoi j’évite les récits et les discours, je me contente de répondre aux questions que l’on me pose, je garde pour moi l’excédent, l’abondance, ces mots que je multiplie en silence pour approcher la vérité. »
 
Enfin, Delphine de Vigan, prête à Lou quelques pensées, matières à méditations …
« Je me souviens qu’un jour mon père m’a dit que c’est avec les gens qu’on aime le plus, en qui on a le plus confiance, qu’on peut se permettre d’être désagréable (parce qu’on sait que cela ne les empêchera pas de nous aimer) »
 
« Je sais maintenant que la vie n’est qu’une succession de repos et de déséquilibres dont l’ordre n’obéit à aucune nécessité »
 
Un roman magnifique, à lire absolument.
Publicité

Publié dans Romans français

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
H
Monique Rannou ... le monde du net est vraiment petit ....
Répondre
H
Là, je dis non !Pour les reflections que peuvent avoir un enfant surdoué, j'ai trouvé celles de J. safran Foer dans  "Extrêmement fort et incroyablement près" moins prévisibles...Pour le reste, j'en avais parlé rapidement sur ce site, http://grain-de-sel.cultureforum.net/auteurs-francais-et-d-expression-francaise-f3/delphine-de-vigan-t2734.htmune façon de voir que soit on adore, soit on déteste au vue des critiques !
Répondre
L
<br /> <br /> C'est amusant, tu cites un topic que j'ai créé sur Grain. (Article initial - Zorg 69 puis développé entre autre avec Maïa)<br /> <br /> <br /> La descente en bonne et du forme par maïa m'avait  amusé et j'avais un peu survendu le livre.<br /> <br /> <br /> Avec le recul, elle avait peut être pas completement tort.<br /> <br /> <br /> Quelle sont tes interventions au juste ? (Sous quel nom?)<br /> <br /> <br /> <br />