Dieu, Shakespeare et moi

Publié le par Lectaritude et zôtres critures

 

 

« Dieu, Shakespeare et moi, Opus I »
Auteur : Woody Allen
Pays : Etats unis
Genre : Receuil de textes
Editeur : Point virgule
Date : 1975
Avis : «««««
 
 
 
Allen est un artiste multiforme : Cinéaste, acteur, auteur de théâtre, musicien de jazz, auteur tout court. Il a même été « gagman » sur une chaîne de télévision américaine au début de sa carrière. C’est ainsi qu’il a débuté …
 
Aujourd’hui, il est plus réputé pour son cinéma intello et légèrement torturé, en tout cas il se plait à se mettre en scène ainsi, que pour ses œuvres à l’écrit qui sont moins connues. Nous avons eus l’occasion déjà,  de vous offrir dans ces colonnes un avis sur « Adultères », un ouvrage qui regroupe quatre pièces de théâtre sur le thème de l’adultère (Voir la chronique ici), thème « Allenien » s’il en est. Ses films, pour la plupart, tournent autour de l’humour, des juifs, des femmes et de tout ce qui va avec, et de New York omniprésente dans l’ensemble de son œuvre.
 
Moins connu donc, son œuvre littéraire est, pour les ouvrages les plus anciens, difficile à trouver : Ne cherchez pas ce livre en librairie. Il est introuvable. Il y a belle lurette qu’il est épuisé. Reste l’occasion. Chez les bouquinistes ou les sites d’enchères. Le mien, trouvé sur internet pour 1,85 €, imbattable, sent le moisi. Signe d’un séjour prolongé au fond d’un carton qui est resté longtemps dans une cave humide. Il est vrai que c’est l’édition 1985.
 
Une fois qu’on s’habitue à l’odeur, ça va.
 
Alors qu’en dire …
 
Absurde, fou, insensé, loufoque, bizarre, extravagant, je ne sais lequel de ces qualificatifs convient le mieux.
Ce livre est tout cela à la fois, le genre qu’on laisse au pied de son lit et qu’on ouvre de temps en temps pour « s’en faire » un passage. Drôle souvent, à mourir de rire parfois, décalé, un rempart contre la morosité et la déprime.
 
Difficile de classer le livre, ce n’est pas un roman, pas un recueil de nouvelles, encore moins un essai, ni du théâtre, …
 
Ce sont des textes regroupés en partie à peu près homogènes, autour d’un thème central.
 
La première partie (« Etudes philosophiques et littéraires ») regroupe des petits essais très courts (une à deux pages, parfois un paragraphe seulement), des pensées, des faux poèmes écrits par de faux auteurs et commentés comme dans les ouvrages spécialisés qui proposent le « décodage » d’un livre après le livre (profil d’une œuvre) , des fausses écritures bibliques, un délire autour de l’œuvre de Shakespeare.  
 
C’est … délirant et délicieusement absurde.
 
Quelques extraits pour en juger …
 
«  L’argent est préférable à la pauvreté ne serais-ce que pour des raisons financières »
 
« Incidemment, le principal problème de la mort est la crainte qu’il n’existe aucune vie future – pensée particulièrement déprimante pour ceux qui se sont données la peine de se raser »
 
«  Epouserai-je M… ? Non, à moins qu’elle ne me révèle les autres lettres de son nom »
 
La deuxième partie (« Traditions et croyances populaires ») est sublime : des proverbes, des contes et légendes, des animaux fabuleux et des études de divers phénomènes psychiques ou Allen s’en donne à cœur joie en pastichant Sigmund Freud.
 
Proverbes
 
« Le lion est l’agneau partagerons la même couche, mais l’agneau ne dormira pas beaucoup »
 
« Mon dieu, mon dieu ! Qu’as-tu fait la semaine dernière ? »
 
« Les méchants ont sans doute compris quelques choses que les bons ignorent »
 
Animaux fabuleux
 
« Le schmoll volant » est un lézard muni de quatre cents yeux, deux cents pour voir au loin, et deux cent pour lire le journal. Selon la légende, si un homme regarde un schmoll droit dans les yeux, il perd immédiatement son permis de conduire.   …/… »
 
La troisième partie (« Diverses forment d’art »), traite comme c’est dit dans le titre, d’art : L’auteur nous propose un ensemble de chroniques sur des « œuvres » (ballets, pièces, théâtre) d’auteurs … sortis de son imaginaire. C’est savoureux. Le chapitre s’achève par la correspondance entre Vincent et Théo ou le petit monde des impressionnistes est transposé aux … dentistes.
 
Extrait :
 
« Cher Théo, Toulouse-Lautrec est l’homme le plus triste du monde. Il brûle plus que quiquonque de devenir un grand dentiste, et il a beaucoup de talent, mais il est trop petit pour atteindre la bouche de ses patients et trop fier pour monter sur quelque chose. Les bras levés au dessus de la tête, il farfouille à l’aveuglette, entre leurs gencives, et hier, à la place de visser la dent à pivot de Mme Fitelson, il lui a plombé le menton ».
 
Les deux dernières parties (« Contestation et répression » suivi de « Manuscrits trouvés au fond d’une boîte de petits pois ») proposent un ensemble de parodies de romans policiers pour la première ou dans un format très court, Woody Allen cultive l’absurde et s’inspire des colombo et autres Agatha Christie pour nous offrir des enquêtes insensées, et de micros romans pour la seconde, dans le même mode, mais sous l’angle du roman.
 
Pour conclure, un livre atypique, un indispensable de la table de chevet, que l’on peu lire et relire, quasiment en ouvrant une page au hasard, juste pour rire quelques minutes après une journée difficile.
 
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Publié dans Nouvelles

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