« Livres et nous »

se livre à vous et vous livre aux autres sur nos lectures (les vôtres, les nôtres). Une petite fenêtre est maintenant à disposition sur vos coups de cœurs ou nausées littéraires, voire votre avis sur un livre ou un auteur. Amateurs de rayonnage en librairie à la recherche de nouveaux scribes prometteurs passez un peu par chez nous y trouver des idées et n'hésitez pas à nous faire part de vos découvertes personnelles.

Du nouveau sur lecta qui ouvre cette fois-ci ses portes au cinéma, dvd, bd et à la musique. Nous attendons vos points de vue dans nos rubriques toutes neuves.

Pour que nos choix soient plus souvent une bonne pioche laissez-nous vos « critures » !


Mardi 22 décembre 2009 2 22 /12 /2009 01:49
avatar







« Avatar »

De James Cameron

Avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver,

Science-fiction

16 décembre 2009

2 h 33 min.

·····
 












J’aime bien être dissonant, mon coté rebelle !

Alors dans ce concert de louanges pour Cameron, et devant l’engouement général, une chronique à contre courant.

 

L’histoire.

Cameron joue aux cow-boys et aux indiens sur fond de fable écologique. Il pille sans vergogne la littérature de science fiction, mais après tout, ne le blâmons pas, ca sert aussi à ca ! Plein de « re-used » sympa donc, mais pourquoi diable une histoire aussi …


… le choix du mot a son importance …


… Si je dis « convenu », d’abord je me répète - je crois bien l’avoir utilisé dans une chronique récente -, et puis je courre le risque de recueillir les foudres d’une, qui ne manquera pas de me rappeler que je suis vaguement méprisant, que le terme est très péjoratif, et que bon sang de bonsoir, qui suis-je pour me placer ainsi au dessus du lot ? Dès lors qu’on est dissonant par rapport aux masses bêlantes, on est inévitablement suspecté de faire de l’intellectualisme forcené. *sourit* (Deuxième degré : je précise pour ceux qui ne me lise pas souvent …)


… Si je dis « trivial », l’autre, entendre « s. la chair de ma chair », si souvent citée, qui ne peut pas voir le terme en peinture - un vieux souvenir des leçons de mathématiques que nous lui dispensâmes par le passé - me tombera sans nul doute et sans coup férir sur le râble, comme elle le fait à chaque fois que le mot s’échappe de mes lèvres.   Note, lecteur, que l’emploi du « nous » et d’un passé simple délicieusement précieux et désuet, renforce l’impression déjà assurément ancrée en toi, que décidément, l’une a raison, je dois me la « péter » grave. Mais ne va pas si vite à cette conclusion, lecteur, j’affectionne au moins autant le contre-pied que la dissonance, jamais gratuite ceci dit ! Mais je m’éloigne …


L’histoire donc …

Pour éviter toute polémique sémantique, je dirai … simpliste. Le film aurait mérité quelque chose de moins linéaire, de plus alambiqué, de plus métaphysique. Si j’étais méchant je dirai que c’est du Pocahontas transposé, vaguement niais. C’est cousu de fil blanc, manichéen, éminemment prévisible.


Coté personnage, tout est caricatural : Le militaire, un summum d’autoritarisme imbécile et déshumanisé, le représentant de la compagnie, un Himalaya de mercantilisme, Les Na'vi l’espèce humanoïde endémique de la planète ou l’histoire est située, une tribu écolo (communion et communication avec la nature, Ge enfin Pandora ! la déesse mère, qu’on invoque et qui régule. On puise son énergie dans la nature, on la restitue, le cycle de la communion, etc …. Je vous renvoi aux classiques de la SF sur ce thème), la scientifique forcement caractérielle, qui a biffé le terme compromis de son vocabulaire, qu’évidement on n’écoute pas, et enfin le héro - ah le héro ! - délicieusement rebelle, un Zorro empathique, un Guevara de space opera, un militaire repenti, bref le genre de perso qui suscite l’adhésion en moins de temps qu’il ne faut à Lucky Luke pour trucider son ombre, ‘fin bref, que des « dont on fait du cinéma ».

Ceci dit, c’est vrai que l’histoire de la concierge du coin, qui se cache derrière un bouquin, c’est bien moins palpitant et ça fait moins rêver. Quoi que …

Et puis c’est long, trop. Cameron n’a pas résisté à nous faire le parcours initiatique du héro par le menu, sans rien omettre, dans une débauche d’images en plans larges inondées de couleurs.

 

La réalisation.

C’est le coté éclatant du film. Les images sont superbes. Cameron a largement puisé dans la flore corallienne et la faune marine pour abreuver ses computers, d’inputs naturels, qui nous ressortent en image de synthèse, toutes plus belles les unes que les autres. La 3D est un véritable régal de l’œil. On en prend plein les mirettes.

Mais là encore, j’ai lu de droite et de gauche, que le film allait révolutionner le cinéma. Révolution ? Non ! Les technologies utilisées existent depuis une décennie au moins. Confer les Imax et autres parcs d’attractions qui les ont largement exploitées. Ce n’est même pas le premier long métrage dans le genre. Disons que Cameron apporte sa pierre à la démocratisation du procédé, mais de révolution je ne parlerai point. La performance est moins technologique que commerciale. Cameron en champion des « films performances », habitué de la tête du box-office (Terminator, Alien, Abyss, Titanic), fait la joie des distributeurs qui en profitent pour majorer le prix du film, sous prétexte de … de quoi d’ailleurs ? D’avoir élargit les débouchés des fabricants de lunettes polarisantes, un coût supplémentaire pour le distributeur ? De la longueur inhabituelle du film qui ne permet pas de projeter autant de séances que pour un format classique ?

Pour finir sur la qualité graphique, rien à dire, c’est du grand art, tout est parfait, mais pas plus qu’un Jackson sur son « King Kong », 3D en moins. Pas de révolution là non plus.

 

Le message sous-jacent.

Cameron en bon opportuniste surfe sur les thématiques qui fleurissent les Unes de nos journaux depuis quelques temps. Outre la dimension écologique déjà soulignée, le choix du titre Avatar, qu’il emprunte au monde du net ou les « avatars » font flores, il nous bassine avec un propos humaniste à deux balles … l’amour des peuples, le respect de la nature, bla bla bla bla… Il récidive au demeurant. J’avais beaucoup aimé « Abyss » en son temps, sauf la fin, dégoulinante de bons sentiments, sur les mêmes thèmes.

 

Bon voilà pour mon coté dissonant.


Finissons tout de même par une note positive. C’est du grand spectacle, du cinéma de divertissement, et pas le dernier ouvrage de Bernard Henri Levy, alors … alors relativisons !


Comme dirais S. la chair de ma chair, mon jugement est trop sévère. L’impression de déjà vu (déjà lu), n’est que le reflet d’une culture « sciencefictionesque » (un « n » ou deux ?), vieille de plusieurs décennies, et qu’en gros, je raisonne, j’apprécie, je juge, en vieux con cultivé !

C’est bien la première fois que je me fais traiter de « mec cultivé ».

Ah je te vois rire lecteur … oui le « vieux con » j’y ai droit assez souvent !


Pour aller dans le sens de S., donc … Oui on en prend plein les mirettes avec le 3D, oui c’est assez beau au sens de l’esthétique, oui on se laisse happer par cette histoire même simpliste, et in finé, le but est atteint, c’est très divertissant. Que demande le peuple ?

Mais je ne retire pas une virgule sur les paragraphes précédents.

 

PS : Je rappelle à toutes fins utiles, que si l’on pose un commentaire, il est interdit d’insulter son père en public. Qu’on se le dise !

 


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Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /2009 00:21
Murena






« Vie des feux »

Jean Dufaux (Auteur)

Philippe Delaby  (Dessinateur)

Novembre 2009

Dargaud

ŸŸŸŸŸ









Vite fait …

Toujours aussi beau

Toujours aussi bien dessiné

Toujours aussi bien raconté

Toujours aussi bien documenté

Ca s’avale en deux coups de cuillères à pot.

Remember les précédents pour ceux qui veulent en savoir plus sur la série.

 

Pas foulé sur c’coup là ! Je suis l’homme des extrêmes : sept lignes ou douze pages.

 

 


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Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /2009 01:55
oscar et la dame en rose






« Oscar et la Dame Rose »

De Eric-Emmanuel Schmitt
Avec  Michèle Laroque, Amir, Amira Casar, Max Von Sydow, Mylène Demongeot
Drame
9 décembre 2009
1 h 45 min.
·····














Tiré du roman éponyme, que je n’avais malheureusement pas lu, un très beau film, réalisé par Eric-Emanuel Schmitt, lui-même.

D’une infinie sensibilité Schmitt suscite chez le spectateur une grande émotion, avec cette très belle histoire.

 

Oscar est un petit garçon qui a un cancer incurable. Tous les traitements ont échoués y compris les plus novateurs. Son destin tragique effraie son entourage : Professeurs, Médecins, parents, personnels soignants, sont empêtrés dans une compassion annihilante,  incapables d’affronter la vérité, impuissants tout simplement à lui parler.

 

Oscar, qui a compris, nourrissant une rancœur farouche devant ces silences qu’il n’accepte pas,  renvoi les adultes à leur lâcheté, en s’enfermant dans un mutisme réactionnel.

 

Rose aigrie par la vie, devenue acariâtre, tente de démarrer un commerce de livraison de Pizzas, dans un ensemble rose bonbon.  Venue démarcher l’établissement où est hospitalisé Oscar, elle se fait bousculer par un petit garçon. Loin de s’apitoyer devant son état, elle le tance vertement, et lui parle dans un langage coloré. Oscar, entrevoit une lumière : Une adulte à qui il ne fait pas peur, qui se comporte normalement…

 

Quand dans une ultime tentative, son médecin lui demande avec qui il souhaite parler, Oscar lui répond : « La dame en rose ».

 

S’instaure alors un dialogue, une connivence, entre cette femme mure qui n’a plus le gout de la vie et cet enfant malade qui va la quitter. Rose doit meubler 12 jours de cette petite existence qui va s’éteindre.

L’auteur déploie une grande créativité, pour nous livrer des moments touchants, mais aussi des moments drôles. Rose ne fait pas dans la compassion paralysante. Elle malmène et bouscule Oscar, l’amène à réfléchir,  le projette dans son imaginaire, lui génère des petites joies et des grands bonheurs, lui fait vivre en 12 jours une vie d’homme.

 

Ce faisant, oubliant ses aigreurs, elle se sauve elle-même, retrouvant une humanité perdue, une dose d’amour oubliée…

 

EE Schmitt ne cède jamais à la tentation du pathétique, pourtant facile sur un tel thème. C’est en soi remarquable.

 

Quelques petits bémols cependant … tout petits en regard de la grandeur du film.

 

Un rien de bon sentiments sur le final, une réflexion un poil convenue autour de la question de Dieu et de l’injustice de la situation, mais bon … , la réalisation relativement désuète.

 

Autant j’aime son écriture, autant je n’ai pas aimé la réalisation d’Eric-Emmanuel Schmitt, qui incorpore du burlesque pour signifier l’imaginaire de Rose. Il tente ainsi d’alléger le propos et la gravité du sujet – pourquoi faire ?

C’est d’autant moins utile qu’il provoque parfois sourires et même rires, dans les réparties qu’il place dans la bouche de son personnage.  

 

Mais … mais, la réalisation est secondaire et se fait vite oublier derrière l’intelligence et la justesse du jeu des deux acteurs, l’histoire magnifique, l’émotion qui s’en dégage, qui au final, emportent l’adhésion. Et aussi  … coté casting … Les enfants sont formidables, le petit Amir est une vraie révélation, et Laroque très à l’aise dans le rôle.

 

Un film touchant… On est touché … Voir même coulé. Il n’y a qu’à voir les yeux des spectateurs quand les lumières se rallument…

 

Futurs spectateurs, attention : Prévoir une réserve abondante de Kleenex. Toute la salle pleure. Difficile de résister !

 


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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 23:59




« Les particules élémentaires »

Michel Houellebecq
France
Roman
J’ai Lu
2006
«««««






Voilà un auteur qui ne fait pas l’unanimité, loin s’en faut, sauf peut-être sur le tapage médiatique qu’il suscite parfois. Un personnage, pas lisse pour un sou, provocateur à ses heures, qui soulève plus souvent qu’à son tour la controverse et la polémique. Adoré ou haï, ceux qui l’ont lu ne sont pas indifférents !

 

La couverture de cette édition de poche est en elle-même une provocation. La photo a quelque chose de très dandy, à la Gainsbourg, le sac de supermarché pour créer le décalage.

 

Autant d’ingrédients qui éveillent chez moi une curiosité intéressée.

 

J’ai voulu me faire ma propre opinion. On m’avait dit : « Ce type est une ignominie, il écrit avec sa queue ! ». Un point de vue féminin, évidement …

J’ai mieux compris ce qu’elle avait voulu dire en achevant l’ouvrage. Le sexe est un sujet du livre, si ce n’est le principal, en tous cas il tient une place prépondérante.

 

Houellebecq raconte le déclin de la civilisation occidentale au travers des existences ternes de deux frères. Homme médiocre et frustré, le personnage de Bruno, va, toute sa vie, chercher à satisfaire ses désirs sexuels. Rien à voir avec de la littérature érotique, c’est cru et réaliste.

 

Michel, son contraire, homme discret et peu sociable, mène une existence ascétique de chercheur en biologie moléculaire, loin des femmes et du sexe, auxquels il a renoncé dès la fin de son adolescence, sur une trahison amoureuse.

 

Pour le reste, l’auteur balaye la deuxième moitié du XXème siècle, avec une grande finesse analytique. Pour avoirs vécus les décennies visitées, je mesure assez bien la justesse du propos. C’est pertinent et osons-le, relativement brillant.

Les sujets de sociétés en vogues aux différentes époques sont évoqués méthodiquement. L’auteur livre aussi quelques réflexions de son cru : L’individu vs le collectif, le point de vue « Houellebecquien » sur la religion, etc …,

 

Houellebecq a su tirer chaque fois la « substantifique moelle » de la contestation du moment, évoque les différents phénomènes d’époques, illustre l’évolution des mœurs, des principes, et de la morale. Au-delà de notre temps, qu’il finit par rattraper,  il achève l’ouvrage par un développement sur le devenir de l’humanité.

 

Pour ce final étonnant, Houellebecq appuie sa narration sur le levier fantastique et un sujet d’une actualité récurrente : La manipulation génétique.

 

A la mort de Michel, ses travaux donnent naissance à la création d’une nouvelle race d’humains. Le propos est extrêmement bien documenté (d’un point de vue scientifique), mêlant habilement la fiction à des considérations puisées dans la réalité. Une nouvelle humanité émerge, en rupture avec l’ancienne, y compris sur les fondamentaux comme la reproduction de l’espèce, qui ne se fonde plus sur un modèle de procréation sexuée, mais sur une technique de clonage d’une même souche génétique.

 

La nouvelle espèce est lisse, l’individualisme disparait, la perfection génétique conduit à un monde idéal. C’est une forme de prélude au « meilleur des mondes » d’Huxley …. Huxley qui est d’ailleurs explicitement cité par l’un des personnages.

 

Sur le plan stylistique, l’écriture est très plaisante, jamais triviale, mais pas « lourde » non plus.

 

En bref, un très bon livre.


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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 23:54







« La malédiction des trente deniers »

Jean Van Hamme (Auteur)
René Sterne et Chantal de Spiegeleer  (Dessinateurs)
20 Novembre 2009
Editions Blake et Mortimer
ŸŸŸŸŸ





Van Hamme qui a définitivement délaissé XIII et Largo Winch semble-t-il, scénarise une nouvelle fois les personnages d’Edgard P. Jacobs. Le dessin est d’abord pris en charge par René Sterne, qui décède pendant l’élaboration de la BD. Sa compagne, Chantal de Spiegeleer, reprend courageusement son travail pour achever ce premier tome d’un nouveau cycle.

 

Van hamme nous sert une histoire à la « Da vinci code » matinée d’Arche d’Alliance  façon « Indiana Jones » : Judas l’Iscariote, n’aurait pas expiré son dernier souffle à la mort du christ et aurait erré longtemps sur le pourtour méditerranéen. Les deniers, prix de sa trahison, ne trouvant preneurs, il achève sa vie dans la misère.

 

Les deniers maudits sont aussi porteurs de puissance potentielle. La quête de la tombe de l’apôtre banni débute …

 

L’ensemble est de bonne facture. On se laisse volontiers glisser dans cette histoire. Les « héritiers » de Jacobs respectent scrupuleusement les personnages, tant dans le trait que dans les caractères.

 

Pour qui aime la série, un bon album.

 


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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 00:15










« L'Imaginarium du Docteur Parnassus »

De Terry Gilliam
Avec  Heath Ledger, Johnny Depp, Jude Law, Colin Farrel
Fantastique
11 novembre 2009
2 h 02 min.

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« L’immaginarium … » est un conte fantastique directement tiré de l’imaginaire délirant de Terry Guilliam. L’idée est excellente : Le Dr Parnassus, propose à tout un chacun de voyager dans son propre imaginaire, qu’il peut contrôler. Gilliam reprend à son compte et adapte le miroir de Lewis Carroll. Parnassus a, de longue date, passé un accord avec le diable. Pour obtenir la jeunesse éternelle, il lui a promis sa fille, lorsqu’elle parviendrait à l’age de 16 ans. À échéance, Mr Nick, qui personnifie le diable, vient lui réclamer son dû. Parnassus lui propose alors un nouveau défi…

 

Largement tourné vers le symbolisme, on y retrouve aussi l’atmosphère baroque chère au réalisateur - reflet de son excentricité ? - dans la veine d’un « … baron Münchausen ».

 

Le film est très fouillé, limite fouilli et disons-le un peu longuet.

 

Signalons que Gilliam a du faire face au décès d’Heath Ledger en plein milieu du tournage. Il achève le film avec 3 acteurs qui reprennent le personnage à tour de rôle, en adaptant sans doute un peu le scénario : Johnny Depp, Colin Farrel et Jude Law. Et ça fonctionne … !

 

Néanmoins, cet Imaginarium ne parvient pas à nous faire oublier les meilleurs Monthy Python ou son inoubliable Brazil.

 

Sans plus donc…


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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 02:30

La culture à Lyon bat son plein, entre la biennale d’art contemporain et la traditionnelle fête des lumières. Ce week-end, il fallait préférer la douceur de l’espace de la sucrière, aux illuminations nocturnes et humides en presqu’ile.



La fête des lumières attire toujours autant de monde. Cette année pourtant, rien d’extraordinaire.  Un jardin lumineux accueille le visiteur face à l’opéra, qui poursuit son parcours par un son et lumière, devenu traditionnel, place des Terreaux. Moins bon que celui des années précédentes, une impression de déjà vu, 40 minutes d’attente pour accéder, ont tôt fait d’émousser l’enthousiasme du début. Saint-Nizier, jacobin,  Célestin, Bellecour n’ont aucun intérêt. Si ce n’est que cette année les sponsors sont bien visibles et largement à l’honneur.

J’ai renoncé à voir le reste pour finir au premier japonais accessible, histoire de se réchauffer avec des sushis, enfin si je puis dire !




Coté Biennale, comme chaque fois, à boire et à manger. La Biennale célèbre cette année « Le spectacle du quotidien ».

 

« Aujourd’hui, la Biennale est arrivée à maturité. L’enjeu est désormais de conforter la place qu’elle occupe dans le monde international de l’art tout en accroissant encore la qualité du lien tissé avec son public et avec sa proche géographie. La Biennale a été créée dans cette optique : concevoir un renouvellement artistique permanent tout en construisant à long terme un projet stable en lien étroit avec son territoire.

Pour affirmer ce lien et manifester la cohérence entre l’art et la vie, entre l’imaginaire et le réel, la dixième Biennale s’ouvre à l’art qui a choisit d’interroger le quotidien, notre quotidien, celui que nous devons réinventer au jour le jour. Le spectacle et le quotidien semblent appartenir à deux registres inconciliables. Ils rythment pourtant notre vie civile depuis toujours, l’un s’arrogeant la mise en scène, la lumière, la contemplation, l’autre semblant se perdre dans l’anonymat, la routine, la production. Le Spectacle du quotidien les réunit : regard sur le monde, négociation, âpreté, mais aussi générosité, espoir et transformation. »

 

... nous dit Thierry Raspail son directeur artistique.

 

Alors dans ce spectacle du quotidien qu’avons-nous aimé ?

 

Les photos d’Adel Abdessemed qui met en scène l’insolite dans des espaces urbains …








Sarah Sze qui crée des sculptures éphémères et improbables, qui défient les lois de l’apesanteur et de la logique avec des objets de récupération. Superbe et puissamment créatif …

Au passage voir son site ... de superbes choses !



Les fresques de Dan Perjovschi qui s’empare de l’actualité du monde en croquant des dessins à la craie banche. (Il envoi chaque jour à la biennale un croquis d’actualité qui est recopié par un anonyme). C’est drôle, corrosif, ce n’est pas sans rappeler les aphorismes de Ben et le trait d’un Keith Haring (qui a commencé comme ça dans le métro de NY)





Et puis aussi, en vrac : Les graphitis en lettres de lumière sur fond noir de Carlos Motta, les linoléums gravés de Latifa Echakhch, le culot de Dora Garcia qui propose au spectateur de voler un livre, …





…, le film performance « What A Loop » de  Ha Za Vu Zu, les maquettes pleines de poésie de Takahiro Iwasaki, les mots qui coulent de Kin-Wah Tsang, ….

 

Pour en savoir plus, tous les artistes qui exposent :  ici


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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /2009 02:19



Après la tournée d’ « Alice & June » en Mars 2007 que j’avais vu (ici), je rempile sur les « météors » sous prétexte d’accompagner S., la chair de ma chair. Prétexte fallacieux, s’il en est, la plaisir étant également partagé. Bien qu’un poil moins bon que le précédent le « Météors » sorti en mars, nous avait séduit.

 


Nicola Sirkis et ses acolytes ne ménagent pas leur peine. Deux heures trente durant, ils ravissent un public, certes, entièrement acquis à leur cause. Un concert en trois temps. La première partie, très « promo dernier album », bien rythmé, très pro, avec abondance d’animations vidéos projetées sur cinq écrans plus que géant, disposés en arc de cercle autour de la scène. Ca déroule, c’est millimétrique, mais de bonne qualité.

 

Une bonne heure enfin sur des succès plus anciens, quelques pots pourris, et les « gros tubes » du groupe dont « les yeux noirs » joué sur 20 minutes, l’incontournable « Aventurier » largement revisité musicalement  (entièrement joué à la guitare électrique « heavymétalisée », le petit piano électrique du début des années 80 distillant les trois notes de la mélodie ,ayant complètement disparu) ou bien encore le « J’ai demandé à la lune » entièrement chanté par le public.

 

Enchainement sur une dernière partie, plus vraie, plus improvisée où le groupe enchaine des morceaux, au grès de ses envies.

 

Sirkis communique avec son public, le fait chanter, le touche, l’interpelle, l’ «émotionne ». Une proximité jouée sans doute, mais ca marche, le public est ravi. On en sort content, satisfait.

 

Sirkis, décidément un bel artiste, qui n’est jamais tombé dans le mercantilisme, met un point d’honneur à dimensionner des salles moyennes par respect pour son public, à maintenir le prix de la place invariablement à 35 €, quitte à revenir jusqu'à 5 fois dans une même ville, en ajoutant des concerts à chaque fois que le précédent est plein.

 

Le site d’indo a même annoncé racheter quelques places sur les sites d’enchères pour les remettre en vente au prix tarif, afin de ne pas favoriser la spéculation. Chapeau !


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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /2009 00:23









« Les herbes folles »
D’ Alain Resnais
Avec  Sabine Azéma, André Dussolier
Comédie dramatique
4 Novembre 2009
1  h 44 min.
·····











Sur une histoire toute simple, et on ne peut plus classique, Alain Resnais signe à 87 ans un film brillant autour de son couple d’acteurs fétiches. Mais qu’est-ce qui peut bien animer encore c’t’homme là ?

 

La passion sans doute …

 

Sabine Azema, rarement mauvaise faut bien l’dire, et André Dussolier, exécute avec une précision métronomique une partition ultra écrite. Deux personnages magnifiquement ciselés, nous régale plus d’une heure et demie durant.

 

De quoi est-il question ?

 

Oh d’un tout petit rien … Une femme se fait voler son sac à main. Un homme le retrouve et le remet à la police. Un contact s’établit entre cet homme et cette femme.

 

Les dialogues sont superbes. Alain Resnais, comme Jeunet sur « Micmacs … » filme magistralement. Le souci du détail, filmé en gros voir très gros plans, de la couleur, explosives les couleurs, sur un fond d’histoire surréaliste, on est parfois plus très loin de l’absurde jubilatoire.

 

Du très grand art. Le spectateur exulte.

 

A ne rater sous aucun prétexte.

 

-       T’as bâclé là ?

-       Non, pas bâclé, mais moins de temps, et je ne peux pas en faire cinq pages chaque fois.

-       T’as baclé je dis, le film méritait mieux.

-       Mais enfin arrête, je dis c’est génial, ca suffit. C ’ E S T  G E N I A L, ca va là, les gens ont compris !

-       T’as bâclé je dis, et c’est pas parce que tu cries que ca y change quelque chose ! 


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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /2009 00:53




« Kafka sur le rivage »

Haruki Murakami
Japon
Roman
Belfond
1960 / 1990 pour la traduction française chez actes sud
«««««







Un adolescent qui fugue, un simple d’esprit qui parle aux chats, des enfants qui s’évanouissent en pleine forêt, une chanson prémonitoire, un « serial killer » de chats, des pluies de sangsues, des distorsions temporelles, un ectoplasme, des poissons qui tombent du ciel, des rêves étranges et meurtriers …

 

Quand on a lu, un peu, beaucoup, il est difficile d’imaginer quelque chose qui nous confond littéralement. La découverte d’un grand roman et d’un immense auteur a toujours quelque chose de bouleversant.

 

«  Kafka sur le rivage » est un nouvel étonnement littéraire après le Damazio chroniqué il y a quelques semaines, Murakami un magicien.

 

Roman initiatique pour les personnages comme pour le lecteur, gageure métaphysique pour l’esprit disait « The New Yorker », fable poétique et onirique qui s’oublie parfois dans l’absurde, aux ressorts multiples, aux fils d’intrigues qui se mêlent, aux interférences d’événements passés qui « collisionnent » le présent, le fantastique qui n’est jamais bien loin,  « Kafka… » est un roman atypique qui nous ensorcelle, nous subjugue, et finalement nous saisit dans le labyrinthe de son intrigue.

 

« 

-       Votre problème à mon avis … Votre problème, c’est que votre ombre s’est un peu effacée. C’est ce que je me suis dit dès que je vous ai vu. Votre ombre, sur le sol, est moitié moins sombre que celle des gens ordinaires.

-       Oui ?

-       J’ai déjà rencontré quelqu’un comme ça une fois.

…/…

-       Vous voulez dire que vous avez déjà rencontré quelqu’un comme moi ?

-       Oui, du coup, je n’étais pas tellement surpris de voir que vous saviez parler aux chats. »

 

L’histoire, fouillée, de fait est difficile à résumer sans courir le risque de la dénaturer. Osons la synthèse suivante : Kafka jeune adolescent décalé et peu sociable, quitte sa maison pour échapper à la prophétie de son père. (La prophétie d’Œdipe)

 

« Un jour je tuerai mon père de mes mains, et je coucherai avec ma mère et ma sœur »

 

Nakata, simple d’esprit, quitte lui aussi son domicile et son quartier, obéissant à une pulsion inexorable et impérieuse.

 

Deux routes, deux errances, deux destinées, qui convergent dans le temps et dans l’espace.

 

Murakami incorpore pléthore de références d’origines diverses, de la tragédie grecque à la science fiction américaine des années 50(*), en passant par les films d’horreur et l’univers du manga. Ces influences plus que des références dirais-je,  sont incorporées dans un magma propre directement issu d’un imaginaire stupéfiant et finalement assimilées par sa divine prose.

 

(*) Note : Le personnage de Johnny Walken emprunte au Mulet d’Azimov dans Fondation. Ca n’engage que moi évidement …

 

Kafka qui rêve qu’il a assassiné son père, se réveille au matin dans un jardin public, couvert de sang et inconscient, sans pouvoir expliquer cette situation. Les journaux du lendemain lui confirment effectivement le meurtre de son père à des centaines de kilomètres de là.

 

C’est la première sinuosité de l’histoire vers le surnaturel. De ce point de vue, le roman n’est qu’un immense crescendo où les fils de l’étrange croisent ceux de l’invraisemblable. Le thème du rêve et son prolongement, l’imagination, sont au centre du roman. La narration situe souvent l’action à la frontière de l’onirisme et de la réalité. Rêves-réalité deux univers qui s’opposent mais que l’auteur se plait à mêler, pour finalement les faire interagir. 

 

Murakami aborde aussi plusieurs fois le sujet directement. Il met ainsi dans la bouche d’un de ses personnages : « La responsabilité commence dans les rêves » (**) pour faire dire à un autre un peu plus loin « La responsabilité commence avec le pouvoir de l’imagination. …/… A l’inverse, la réalité ne peut naitre en l’absence d’imagination. » (*3)

 

(**) Note : La citation est en fait de William Butler yeats (poète Irlandais du 19ème) : « In dreams begins Responsibility »

(*3) Voir l’extrait relatif en fin de chronique

 

Murakami flirte sans cesse avec la réflexion philosophie, et ne se prive pas, parfois, d’emprunter aux philosophes occidentaux, comme ici :

 

« A vrai dire, toute perception est déjà mémoire. Nous ne percevons pratiquement que le passé, le présent pur étant l’insaisissable progrès du passé rongeant l’avenir » (Bergson)  déclamée par une prostitué après une fellation « dantesque » à son client, qui lui-même avait déclaré préalablement « C’était bon …/… au point qu’il n’y a plus de passé ni de futur après un truc pareil »

 

Evidement le passage est anecdotique, mais il me paraissait amusant de le relater, tant je trouve singulier mais savoureux, d’illustrer la justesse de la réflexion Bergsonienne, dans un contexte pareil !

 

Deux pages plus loin encore, l’un des personnages (le colonel Sanders) explique à Hoshino, le chauffeur routier qui accompagne Nakata, la conceptualisation de la « conscience de soi » par Hegel. Le dialogue et drôle et enjoué et se termine par :

 

« Tu ne comprends vraiment rien tête de bois !  C’est une révélation divine. …/… Une révélation ca dépasse les bornes du quotidien. Que serait la vie, sans les révélations divines, je te demande un peu ? C’est important de franchir le pas, de passer de la raison qui observe à la raison qui agit. »

 

Au gré des situations et des dialogues, l’auteur sème des réflexions, parfois juste ébauchées, parfois longuement développées. L’ouvrage oscille sans cesse entre la narration et ces ambages volontaires. Les sujets en sont variés, d’une réflexion métaphorique sur l’amour à des considérations plus métaphysique. Le ton est souvent humoristique, Murakami aimant sensiblement créer un décalage entre le sujet abordé et la manière de le traiter.

 

« 

-       Cela vous arrive quand vous êtes seul, de penser à votre partenaire et de vous sentir seul ?

…/…

-       Celui qui aime cherche la partie manquante de lui-même. Aussi quand on pense à l’être dont on est amoureux, on est toujours triste. C’est comme si on entrait à nouveau dans une chambre pleine de nostalgie qu’on a quittée il y a longtemps. »

 

« Alors écoute, benêt, les dieux existent seulement dans la conscience humaine. Et c’est un concept qui n’a pas arrêté de changer selon les circonstances, surtout au japon. La preuve, avant la guerre, dieu, c’était l’empereur, mais quand le général de l’armée d’occupation américaine Douglas MacArthur lui a intimé l’ordre de quitter cette fonction, il a fait un beau discours pour déclarer : « Ecoutez-moi tous, à partir de maintenant je ne suis plus Dieu » et, en 1946, c’était terminé. Pour te dire à quel point les Dieux japonais sont accommodants.  …/… Il suffit qu’un militaire américain avec des lunettes de soleil sur le nez et une pipe bon marché au bec le leur ordonne et pfut ! Ils filent leur démission. Complètement post-moderne comme concept, non ? 

Si tu crois qu’il existe, il existe. Si tu n’y crois pas, il n’existe pas. »

 

« Kafka » est aussi un roman troublant pour le lecteur. Murakami aime construire sur des oppositions. Il situe l’histoire dans le japon moderne, mais se réfère aussi aux traditions anciennes, l’onirisme et la poésie cohabite avec des séquences descriptives de la vie contemporaine, il traite du rêve mais ne sait s’empêcher de le mêler à la réalité, le temps et l’espace finissent par se confondre...

La construction n’est pas sans rappeler celle qu’avait utilisée Carlos Zafon dans son « Ombre du vent » : Interférences du passé dans le présent, sur une intrigue bâtie comme les romans policiers. Murakami se sert du même mécanisme mais l’exacerbe et l’enrobe. L’étrangeté se renforce avec les ambiances, les atmosphères que l’auteur crée sous sa plume.

 

Complexité aussi dans les personnages au profil soigneusement ciselé par le verbe de l’auteur. Le lecteur, là encore est dérouté. Plusieurs personnage très différents se révèlent n’en faire qu’un. Tous sont pleins et entiers, complexes et surprenants. Murakami explore l’âme humaine sous toutes les coutures et les solitudes qui habitent ses personnages. Le pluriel n’est pas abusif. L’auteur dont l’écriture sait se faire parfois drôle et enjouée, dépeint pourtant une humanité solitaire qui s’exprime pour chaque personnage de manière différente. Par là même, il renvoie le lecteur à sa propre solitude, à ses propres turpitudes, à sa propre vérité.

 

L’auteur enfin laisse une grande place à l’interprétation du lecteur. Des scènes singulières, des parties inexpliquées, sont semées au fil du récit,  autant d’espace pour notre imaginaire. L’auteur encourage son lecteur à remplir les vides, éclairer l’obscur, démystifier l’énigmatique, avec sa propre sensibilité.

 

« Kafka … »  est un roman qui ne laisse pas indifférent. Un roman rare.

 

 

Pour finir quelques citations, mots d’auteur, réflexions … qui illustre mes propos.

 

En vrac, il y en a pour tous les goûts !!

 

« Les œuvres qui possèdent une sorte d’imperfection sont celles qui parlent le plus à nos cœurs, précisément parce qu’elles sont imparfaites. »

 

« Le bonheur est une allégorie, le malheur est une histoire. » (Tolstoï)

 

« L’étroitesse d’esprit et l’intolérance sont des parasites qui changent d’hôtes et de formes, et continuent éternellement à prospérer. »

 

« Ce ne sont pas leur défauts, mais leurs vertus qui entrainent les humains vers les plus grande tragédie. » (Référence à la tragédie grecque, d’après Aristote. Illustration par « Œdipe roi », de Sophocle : « Ce ne sont pas sa paresse ou sa stupidité qui le mènent à la catastrophe mais son courage et son honnêteté. Il nait de ce genre de situation une ironie inévitable »)

 

« Ce qu’on nomme univers du surnaturel, n’est autre que les ténèbres de notre propre esprit. Bien avant que Freud ou Jung fasse au XIXe siècle la lumière sur le fonctionnement de l’inconscient, les gens avaient déjà instinctivement établi une corrélation entre l’inconscient et le surnaturel, ces deux mondes obscurs. Ce n’était pas une métaphore. D’ailleurs, si on remonte encore pus loin, ce n’était même pas une corrélation. Jusqu’à ce qu’Edison découvre la lumière électrique, la majeure partie de la planète était plongée dans un noir d’encre. Aucune frontière ne séparait l’obscurité physique, extérieure, de l’obscurité de l’âme. Elles étaient mêlées sans qu’il soit possible de les distinguer. …/…

Aujourd’hui il en va autrement, les ténèbres extérieures se sont dissipées mais les ténèbres intérieures demeurent. Ce que nous appelons ego ou conscience est la partie émergée de l’iceberg : la partie la plus importante reste plongée dans le royaume des ténèbres et c’est là que gît la source des contradictions et des confusions profondes qui nous tourmentent. »

 

« Tu sais Kafka, la plupart des gens dans le monde ne veulent pas vraiment être libre. Ils croient seulement le vouloir. Pure illusion. Si on leur donnait vraiment la liberté qu’ils réclament, ils seraient bien embêtés. Souviens-toi de ça. En fait, les gens aiment leurs entravent.  …/…  Jean-Jacques rousseau disait que la civilisation naît quand les gens commencent à construire des barrières. Une remarque très perspicace. C’est vrai : toutes les civilisations sont le produit d’une restriction de la liberté que l’on a délimitée avec des barrières. Mis à part les Aborigènes d’Australie qui on maintenu jusqu’au 17ème siècle une civilisation sans barrières. C’était un peuple profondément libre. Ils allaient où ils voulaient, quand ils voulaient et faisaient ce qu’ils voulaient. Leur vie était littéralement une marche errante. Et cette errance était une métaphore parfaite de leur vie. Et puis les anglais sont arrivés et ont élevés des clôtures pour enfermer le bétail. Comme les Aborigènes n’ont pas compris le sens de cette démarche, ils ont été considérés comme dangereux et asociaux et ont été refoulés vers la brousse. »

 

« La responsabilité commence avec le pouvoir de l’imagination. A l’inverse la réalité ne peut naitre en l’absence d’imagination. »

Cette citation, objet de la note (*3) est illustrée merveilleusement par cet extrait ou l’un des personnages, par désœuvrement, s’est mis à lire une biographie de Karl Adolf Eichmann, Le nazi qui a mit au point le système d’extermination des juifs, pendant la seconde guerre mondiale. Le passage est reproduit dans son intégralité.

 

« …/… Ce lieutenant-colonel SS aux lunettes à monture de métal et aux cheveux dégarnis était un homme à l’esprit pratique. Peu après le début de la guerre, le haut commandement nazi le charge de mettre en œuvre la « solution finale » - le massacre des Juifs -, et il élabore alors un projet concret, permettant de mener ce programme le plus efficacement possible. Le problème que pose pareille mission ne semble même pas effleurer sa conscience. Le seul problème qui le préoccupe, c’est de savoir comment il peut éliminer à moindres frais un maximum de personnes, en un minimum de temps. D’après ses calculs, l’Europe comptait dix millions de Juifs. Combien de rames de wagons de marchandises fallait-il préparer, combien de Juifs fallait-il entasser dans chacun ? Que pourcentage d’entre eux mourrait de mort « naturelle » au cours du transport ? Comment accomplir cette tâche avec le moins de personnel possible ? Comment se débarrasser des cadavres à peu de frais ? Les brûler ? Les Enterrer ? Dissoudre leur corps dans de l’acide ? Eichmann fait des calculs acharnés dans son bureau. Son plan est mis à exécution et se déroule à peu près conformément à ses prévisions. Avant la fin de la guerre, six millions de Juifs (un peu plus de la moitié de l’objectif qu’il s’était fixé) seront éliminés. Eichmann ne se sentira jamais coupable. Assis derrière des vitres pare-balles, sur le banc des accusés, à la cour de justice de Tel-Aviv, il semble se demander pourquoi il fait l’objet d’un tel procès, pourquoi le monde entier à l’œil fixé sur lui. « J’étais un simple technicien, dira-t-il, et j’avais trouvé la réponse la plus adéquate à la question qu’on m’avait demandé de traiter. C’est exactement ce que font les fonctionnaires consciencieux du monde entier. Pourquoi suis-je le seul à être accusé ainsi ? » »

 

 


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